Jeudi 3 avril 2008
Liberia. 150ieme jour de voyage. La moitie si nos calculs sont exacts. On fete ca par un apero dans la cour interieure de l'hotel. Pour l'occasion, j'ai meme trouve une Leffe blonde au supermarche. Une bonne surprise au milieu des bieres legeres plutot insipides qu'on trouve partout ici. Solene elle reste au Fresca, un soda au pamplemousse plutot bien reussi. On trinque. C'est quand meme quelque chose la moitie. On se dit aussi qu'on pourrait se filmer en train de faire un bilan de cette premiere partie de voyage. On prepare quelques questions : meilleur(s) endroits(s), meilleure(s) rencontres(s), meilleure(s) galere(s)...  C'est un principe, il n'y a que des rubriques "meilleur" dans ce voyage. So veut que ca reste spontane. Pas le droit d'y reflechir. C'est sans doute son cote "entretien de recrutement" qui ressort. Spontane, ca va l'etre. Quand on appuie sur STOP, 45 minutes se sont ecoulees, sans que l'on s'en rende compte. On avait visiblement envie de parler. Ce sera surement drole quand on regardera ca dans 5 mois, de retour en France.
Ainsi se termine le Costa Rica, demain on file au Nicaragua.

Effectivement, on a decide que ca suffisait le Costa Rica. L'avant veille, en arrivant de la cote pacifique, on a eu du mal a trouver quelque chose. On finit a 18 dollars pour une chambre dont les carreaux de la fenetre tintent toute la nuit avec les courants d'air. Le Costa Rica tient ses promesses : ce n'est pas donne.
On se renseigne pour aller au parc Rincon de la Vieja et son volcan actif. Pas de transport public. Il y en a bien un qui pourrait nous laisser a 6 km de l'entree du parc. Il nous reste 1h pour faire les courses, prendre la tente et y aller sur deux jours au moins. Le temps et l'envie nous manquent un peu. Le temps, c'est ca qui nous manque le plus en Amerique Centrale. On croise certaines personnes qui nous disent qu'on doit aller vite. C'est vrai. En meme temps ce sont les memes parfois qui restent 3 ou 4 mois dans des genres de communautes "hippies", sans un seul local. Qu'est ce qu'ils voient de plus du pays ou ils sont ?
Finalement, on se resout a prendre le transport propose par l'hotel, 15 dollars chacun pour une heure de 4x4.

De Liberia, on avait aussi envisage le volcan Tenorio et son rio Celeste pour sa couleur particuliere. Meme topo. En plus cher. Soit on loue une voiture, soit on prend un taxi a 60 dollars. On n'ira pas. Apres 5 mois, faire une collection de "cartes postales", ce n'est pas ce qui nous fait le plus envie. Je ne sais plus si je l'ai deja ecrit ici mais je reviens souvent a cette phrase. Faire le voyage est aussi important que ce qu'on y fait...
Et la nature comme elle est organise ici, tu payes et on s'occupe de tout, ca nous motive moins. Un peu parce qu'on en a vu beaucoup, et meme si on y passe encore des heures volontiers, on s'extasie parfois moins, c'est sur. Beaucoup parce qu'on aime l'histoire qui va avec : la lancha des indiens kunas aux San Blas, le camion du laitier de la sierra equatorienne, le voilier des Galapagos, la barque du retraite de Puerto Pisarro, la grele et la neige de Punta Union, le bus qui creve de la selva bolivienne, le camion des ouvriers du Cerro Otto a Bariloche. C'est plus ca pour nous le voyage, les histoires qui vont avec. Du coup, on a plus envie d'aller prendre l'atmosphere au Nicaragua.

Le parc Rincon de la Vieja ? Tres bien ceci dit. On prend place avec un americain, sa casquette de New-York vissee sur la tete, qui repond "Rob" quand le chauffeur lui demande en espagnol son pays d'origine et qui reviendra rouge comme une ecrevisse. Je n'exagere rien.
On parcourt un premier sentier ou l'activite volcanique se fait bien sentir : des puits boueux et bouillonnants, des fumerolles et des mares aux couleurs sulfureuses au milieu d'arbres aux racines tortueuses. C'est pratique pour escalader un peu.
On y croise des coatis qu'on n'avait plus vus depuis la premiere semaine en Argentine, des aguatusas dont Solene avait goute la chair, sans savoir exactement de quoi il s'agissait, dans la sierra equatorienne, des iguanes, des oiseaux et on arrive enfin a prendre un morpho en photo : un magnifique papillon bleu eblouissant mais trop souvent insaisissable.
On gagne ensuite la cascade d'El Cangrejo pour une baignade raffraichissante dans une eau presque celeste. On teste aussi la force de la cascade. Aussi bien que de la thalasso et pour bien moins cher. Vivifiant.
Le cratere du volcan ? On avait decide de ne pas y monter avec tous ceux qu'on devrait croiser dans le reste de l'Amerique Centrale...

par Franck publié dans : Costa Rica
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Lundi 31 mars 2008

Au culot, mais pas tres a l'aise quand meme. On a pris l'adresse que nous a donnee l'italien, nos petits sacs accompagnes de quelques sacs plastiques pour y ranger nos sandales et nos matelas, la tente et on est parti comme ca. On n'a prevenu personne, de toute facon, on n'avait pas de contact. On a pris le bus, on a marche une heure sur la plage, sur la route et on est enfin arrive sur la plage de Buena Vista.

On cherche un responsable et on se retrouve en face d'un certain Roy. En nous voyant debarquer, il nous observe l'air interroge sans rien dire, pas un mot, pas un sourire. Je souris et lui dis bonjour mais je n'obtiens pas plus de resultat. Je demande s'il parle anglais ou espagnol, mais toujours rien. Ca commence bien ! Une volontaire a cote repond : "espagnol". Franck prend le relais et explique notre rencontre avec Lucas, un volontaire qui a travaille la il y a quelques semaines et nous a conseille de venir. Lucas, c'etait le mot magique. Roy se deride un peu et nous explique que nous sommes les bienvenus, qu'il y a de la place et qu'on peut rester le temps que l'on souhaite. Ouf, pari gagne ! On est bien content.

C'est parti donc pour quelques jours en tant que benevoles pour un projet de sauvegarde des tortues marines :
http://asvocr.org/leer.php/58

Le premier contact avec l'equipe de volontaires est plutot froid. On avait deja constate en arrivant au volontariat pour les ours andins qu'il n'etait pas facile d'arriver dans une equipe deja constituee, mais cette fois-ci, c'est le groupe lui meme qui semble ni tres soude, ni tres bavard.

L'apres-midi est consacre a recuperer un maximum de sable et a l'apporter dans la "nurserie", l'endroit ou l'on enterre les oeufs des tortues en attendant leur eclosion. Creuser et porter des sacs de sable par 35 degres a l'ombre, on a connu plus facile, mais c'est pour la bonne cause. On arrive bientot a la saison des pluies et la pluie creuse le sable et risque a force de mettre les oeufs a jour. Il faut donc avoir une reserve suffisante pour s'assurer que ca ne se produise pas.

Le gros du travail se fait neanmoins la nuit. C'est a ce moment que les tortues viennent deposer leurs oeufs et que les bebes decident de sortir. Des gardes de deux heures sont donc organises pour surveiller les nids. Une patrouille sur la plage entre maree haute et maree basse est egalement prevue.

Les plannings sont rapidement faits. Je suis de surveillance a la nurserie de 20h a 22h et Franck prend les deux heures suivantes.
Ca ne me suffit pas. Etre la et avoir l'opportunite d'assister a la ponte de tortues est bien plus forte que le sommeil et je demande egalement si nous pouvons nous joindre a la patrouille sur la plage a 1h du matin. Aucun probleme me dit-on. Les chances sont faibles, ce n'est pas la bonne saison pour les tortues. Juin, juillet sont les meilleurs mois en fait. En ce moment, ils ont environ une a deux pontes par semaine, mais arrivent souvent apres et trouvent les nids sans avoir vu les tortues. On verra bien.

Je fais donc les deux premieres heures avec Maura, une hollandaise qui vient aussi d'arriver. On discute un peu. Elle me raconte ses autres benevolats au Costa Rica dans les parcs nationaux de Corcovado et d'Arenal, toujours avec la meme association, l'ASVO. On fait nos rondes toutes les 20 minutes avec une lumiere rouge pour ne pas deranger les tortues tres sensibles a la lumiere. Utiliser une lumiere normale risquerait de leur faire penser que nous sommes en plein jour et qu'il ne faut pas sortir. En tout cas, pas de succes, il ne se passera rien.
On va se coucher et on reveille Franck et Amy, une americaine qui ne voulait pas rentrer a l'universite tout de suite et qui a decide de partir voyager d'abord en promettant a son pere de se mettre aux etudes a l'age de 25 ans. Pas plus de succes pour eux.

Trois heures de sommeil plus tard pour moi, une heure pour Franck et nous voila en patrouille sur la plage, eclairee par la seule lumiere de la lune, a la recherche des traces qu'auraient pu laisser une tortue dans le sable. La encore, les lumieres d'une frontale les ferait fuir et elles pondraient leurs oeufs dans l'eau, les condamnant ainsi a la mort. Quelques centaines de metres plus loin, nous voyons apparaitre une trace devant nous. On la suit et au bout, on trouve la tortue en train de recouvrir son trou de sable, une tortue olivatre (lepidochelys olivacea). Elle vient de finir sa ponte et reprend tranquillement son chemin vers l'ocean. On l'accompagne jusqu'a l'eau, juste pour le plaisir. Rene, le local qui nous accompagne, fait un trou a cote du nid pour faire croire aux amateurs d'oeufs de tortues que ceux-ci ont deja ete preleves. Et oui, c'est une triste realite au Costa Rica et au Nicaragua, mais les gens ici mangent les oeufs parce qu'ils considerent qu'ils ont des vertus aphrodisiaques. Certains n'ont meme pas la patience d'attendre la ponte et attrapent les tortues a leur sortie de l'eau et les eventrent pour en recuperer les oeufs. C'est pour ca que le travail des associations ici prend tout son sens. Plus encore parait-il sur la plage de Matapalo (
http://asvocr.org/leer.php/59) ou ils ont jusqu'a 40 nids par nuit et ceux qui ne sont pas immediatement recuperes disparaissent.

On continue notre exploration de la plage accompagnes de nos deux fideles compagnons : Violeta, la chienne du camp et son copain. Et la, le coup de bol incroyable, une tortue olivatre de nouveau est en train de sortir de l'eau. On se recule pour ne pas l'effrayer et on la laisse cheminer doucement vers le haut de la dune. Elle commence a creuser son trou avec ses nageoires arrieres. Elle est d'une habilete impressionnante. Elle creuse dans le sable, elle l'enleve, le pousse sur le cote et replonge pour continuer a oter le sable. Elle creuse jusqu'a environ 50 cm de profondeur et depose ensuite tous les oeufs. On peut alors s'approcher et l'eclairer toujours avec une lumiere rouge. En revanche, pas de flash possible, donc pas de photo de ce moment exceptionnel. Quand la ponte a commence, plus rien ne semble la deranger. Notre presence de meme que celles des chiens ne la perturbe absolument pas. On assiste donc a la ponte d'une centaine d'oeufs environ qui tombent 2 par 2. Tout est fini en 45 minutes environ. Quelle chance fabuleuse. C'est fou de voir ces tortues qui reviennent des dizaines d'annees plus tard pour pondre sur les memes plages que celles ou elles sont nees, guidees par on ne sait quoi... Quelle habilete et quelle force aussi pour deplacer sable humide et morceaux de bois comme elles le font...
Vers 3h du matin, on regagne notre lit. J'aurai bien du mal a trouver le sommeil apres un moment comme celui-ci.

Le lendemain, tout le monde nous fait remarquer la chance exceptionnelle que nous avons eu. On en est bien conscient de toute façon.

Au programme de la journee, remettre du sable dans la nurserie. Ca change pas trop au moins. L'organisation du travail n'est pas vraiment optimal. Roy, le responsable du camp, ne s'occupe de rien. Diego, son assistant, ne semble pas oser prendre beaucoup de decisions. Il faut dire que le Roy en question n'a pas l'air du genre facile. Et les benevoles, entre Sylvan qui joue les petits chefs, Amy qui ne veut pas trop se fatiguer et Myrthe trop arrogante pour arriver a s'integrer dans un travail de groupe... c'est pas gagne non plus. On essaie un petit peu de faire accelerer le mouvement avec l'aide de Maura mais ce n'est pas une grande reussite. C'est dommage. Ce qui pourrait etre fait en une journee le sera surement en une semaine. Mais sans personne pour manager, le resultat ne peut pas tellement etre different.

Les temps de repos sont occupes par de nombreuses discussions avec Thierry, un belge, bien sympathique et avec une bonne repartie, qui vient de passer 5 mois au Nicaragua, par un peu de lecture, d'ecriture ou de rafraichissement dans l'ocean... Pas trop dure la vie au camp.

Le planning de la nuit est etabli. Ronde a la nurserie pour Franck de minuit a 2h et patrouille sur la plage pour moi a 1h30.

Pour Franck, toujours rien a signaler du cote des bebes tortues.

De mon cote, en revanche, c'est different. Cette fois-ci, je suis partie en patrouille avec Diego et Rene. On trouve un nouveau nid et on decide de recuperer les oeufs. Je sonde avec un baton pour trouver l'endroit precis ou ils sont situes. Merci au GUM pour les stages avalanches. Il faudra rajouter une option nid de tortues au prochain. J'y vais avec precaution, j'ai un peu peur de les abimer. Une fois trouve, Rene creuse jusqu'aux oeufs et pendant ce temps, j'enfile un gant. Je vais les recuperer un a un. Ca me prendra un temps fou. Ils sont encore tout chauds. La coquille est molle, presque elastique. J'essaie d'etre le plus delicate possible. 86 oeufs au total dont un qui n'a pas ete fertilise, il n'a pas la meme forme, ni la meme consistance et un autre casse. Je prends le sac dans lequel je les ai deposes. Un grand moment de tension. 86 oeufs qui font leur poids dans un pauvre sac plastique que je ne peux pas porter par dessous de peur de les contaminer, et toute la plage a retraverser pour arriver au camp. Pourvu que le sac et les anses tiennent le coup.
Enfin, on arrive. Ils m'expliquent que je ne peux pas les deposer dans la nurserie. Qu'a cette epoque de l'annee, le gouvernement ne les autorise pas a prelever les oeufs sur la plage. C'est du grand n'importe quoi, le gouvernement au Costa Rica. Et c'est donc illegalement que les associations continuent leur travail de preservation durant cette periode. Afin que les oeufs soient proteges, on creuse donc un trou sur la plage juste devant l'entree du campement ou je redepose doucement tous les oeufs. Et voila, dans 45 jours environ, 85 bebes tortues olivatres devraient voir le jour.
Je retourne me coucher vers 3h et j'ai encore plus de mal que la nuit precedente a me rendormir.

5h10 du matin. Ca secoue. Je ne comprends pas tout de suite. Ca continue de me secouer. Mais toutes ces secousses ne collent pas avec mon reve alors j'ouvre les yeux. Thierry est la au bas de mon lit pour me dire de me lever. Il m'annonce qu'un bebe tortue vient de sortir et qu'ils vont la relacher. Je previens Franck qui nous rejoint.
Sylvan qui partageait la ronde avec Thierry me tend le gant pour que je puisse m'en occuper. Sans hesiter une seconde, je saute sur l'occasion. Merci Sylvan. Je la sors du nid et la depose dans un seau rempli de sable humide le temps de l'emmener sur la plage. Elle ne bouge quasiment pas, elle n'est pas tres en forme. Je vais sur le haut de la dune pour la liberer a l'endroit ou elle serait sortie si on n'avait pas touche au nid. Elle ne bouge toujours pas beaucoup et puis l'appel de l'ocean surement, elle finit par s'activer. Le bruit de la mer et sa couleur claire sont les elements qui permettent a la tortue de s'avoir quelle direction prendre. Son radar met neanmoins un peu de temps a se mettre en route et elle fait deux tours sur elle meme avant de prendre la bonne route. On est un peu soucieux de la voir ainsi. Doucement elle finit par arriver aux premieres vagues qui s'etendent sur la plage. La mer est forte et elle se fait balader la pauvre. Elle se retrouve sur le dos a plusieurs reprises. J'ai envie de l'aider, de la deposer un peu plus loin, apres les vagues, mais on ne peut pas intervenir. Proteger leurs nids, c'est deja les proteger de l'homme, des chiens et des oiseaux quand elles courent vers la mer. Maintenant, il faut leur laisser faire leur propre apprentissage meme si ca ne semble pas facile. En tout cas, elle n'abandonne pas, elle recommence encore et encore. Et a chaque fois, la mer la rejette.

Sylvan m'appelle, deux nouvelles tortues viennent de sortir. On recommence le meme processus mais c'est deux la sont bien plus vives et trouvent immediatement la direction de la mer. Elles luttent elles aussi cependant en arrivant sur les vagues.

Au bout d'1 heure 1/2, toutes trouvent le chemin de la mer et disparaissent vers le large. Un des moments les plus emouvants du voyage. Les statistiques donnent 1 tortue sur 1000 pour la survie. On augmente surement un peu les chances en protegeant les nids. J'espere qu'au moins une de ces trois la survivra.

C'est la fin de notre court, trop court benevolat. Malgre un esprit de groupe quasi inexistant, c'est un de nos meilleurs souvenirs. On s'est vraiment senti utile cette fois-ci. En tout cas, une chose est sure, je recommencerai... A Matapalo peut-etre, en juin-juillet peut-etre...

par Solene publié dans : Costa Rica
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Jeudi 27 mars 2008

Ca devait etre une journee de transport, une de ces journees ou on traverse le pays de long en large et ou l'on n'arrive a destination qu'en fin d'apres-midi. On quittait donc Cahuita tot le matin et 1h30 de bus plus tard, a Puerto Limon, on embarquait dans un bateau a $35 / personne pour rejoindre Tortuguero. Cher, tres cher ! Sauf que cette fois-ci, ca en vaut la peine. Au lieu d'une dizaine d'heures de bus, on profite de quatre heures de navigation au milieu des canaux de Tortuguero. On retrouve un peu l'ambiance de la pampa bolivienne. Selon les endroits, les canaux sont plus ou moins etroits, la vegetation est luxuriante et le capitaine fait des pauses regulierement pour nous montrer la faune du coin : singes araignees, capucins, singes hurleurs, caimans, paresseux et une variete impressionnante de herons.

En posant le pied a Tortuguero, on se demande un peu ce qui nous attend. On est en pleine semaine sainte. Les cotes caraibe et pacifique ont vraisemblablement ete prises d'assaut par les gens de la capitale, San Jose. On finit par trouver une chambre pas trop chere mais assez miteuse. Rapport qualite / prix, je ne suis pas sure qu'on ait fait pire jusqu'a present. Le probleme du logement se regle donc bien plus facilement que nous ne l'avions imagine, mais tres vite, on se retrouve face a de nouvelles difficultes. Nous avions prevu de passer deux jours a Tortuguero et de repartir le vendredi pour les parcs nationaux de la cote pacifique : Manuel Antonio et Corcovado. On nous apprend que le vendredi saint, tout le pays est paralyse et qu'aucun bus ne roule. Tous nos plans se retrouvent alors perturbes. Comme on manque de temps en Amerique Centrale, ca ne nous arrange vraiment pas. On fait tourner les deux cerveaux a plein regime, enfin ce qu'il en reste apres 4 mois 1/2 de voyage et on evoque toutes les solutions possibles : partir plus tot, plus tard, changer de destination et se rendre a San Jose pour faire les volcans Arenal et Poas, tirer un trait sur Manuel Antonio, sur Corcovado... Une bonne prise de tete en tout cas. Un vrai dilemne. Que faire ? Que choisir ? A quoi renoncer ? On imagine pas a quel point il peut y avoir aussi des decisions difficiles a prendre en voyage. Franck, lui, compare ca aux choix a faire en montagne quand la meteo, le temps ou la fatigue s'en melent... et renoncer au sommet, c'est jamais facile. On passera la nuit la-dessus sans arriver a se decider.

Deux rencontres viennent quand meme animer un peu notre soiree : un guide local qui nous explique qu'il a une association qui essaie de proteger le lamantin et les tortues mais qu'il manque de fonds et d'education dans le pays... Je le trouve sympathique au premier abord. On le croisera deux fois par la suite et les deux fois il nous repetera la meme chose presque mot pour mot. De sympathique, il passera au rang de pitoyable, puis carrement lourd. En l'evoquant avec Franck, il m'avouera finalement avoir toujours eu un coup d'avance sur moi. Plus clairvoyant, le petit Franck... La deuxieme rencontre est celle que fait Franck avec un madrilene a l'hotel, plutot remonte contre tous ces pays comme le Perou ou le Costa Rica ou tout est cher meme si ca ne se justifie pas et ou comme il le dit si bien : "les gens sont sympathiques ? De la merde, oui, ils ne le sont que si tu payes." Il nous prete sa tondeuse pour faire une nouvelle coupe a Franck.
Le diner typique du Costa-Rica, le casado (riz, haricots, salade, bananes frites et viande ou poisson) et au lit.

Le lendemain matin, reveil a 5h00 pour aller faire un tour en barque dans les canaux. C'est le deluge, il tombe des cordes d'eau. L'observation de la faune dans ces conditions, non merci, on a deja vu ce que ca donnait a la pampa. On reste couche et on decide donc a ce moment la de rester une journee de plus que prevu pour faire notre tour le jour suivant si la meteo le permet.
Second reveil difficile. Entre les plans chamboules, la chambre miteuse et le tour de barque rate, quand ca veut pas, ca veut pas...

Je vais discuter un peu avec le proprietaire de l'hotel et pour la premiere fois depuis le debut du voyage, on me demande ou j'ai appris l'espagnol en me felicitant parce que je le parle tres bien. Pas peu fiere, je retourne plein de baume au coeur bouger Franck pour faire le Cerro Tortuguero, le plus haut sommet du coin, euh... un peu moins de 200 m d'ascension. Non, non, je n'a pas oublie de zero, le chiffre est bon.
La ou les tours proposent l'ascension a $20 / personne, nous on embarque sur un bateau-taxi pour $1 pour nous mener au pied. On rencontre alors la population locale, finalement assez peu habituee a croiser des touristes qui prennent le temps de s'arreter un peu et de discuter avec eux. Un moment amusant ou deux gars, meme s'ils avaient peut-etre un peu abuse de la biere, semaine Sainte oblige, nous posent de nombreuses questions sur notre pays, notre voyage... et nous salueront finalement au cri de "Costa Rica, Pura Vida". Le slogan du pays !D'autres rencontres encore avec des personnes a qui il faudra expliquer ce qu'est l'Europe ou une monnaie forte. Le niveau d'education ne semble pas le meme partout malheureusement.
La randonnee qui suit est sympathique : foret dense avec de nombreuses especes de vegetaux qui nous rappellent l'Amazonie bolivienne, des grenouilles rouges dont le venin peut tuer un humain et une vue spectaculaire sur la mer des caraibes et sur tous les canaux alentours entrecoupes de forets. Un mini amazone comme ils disent ici.

On enchaine sur la visite instructive du musee pour la sauvegarde des tortues. Le temps de comprendre un peu mieux ces animaux qui etaient deja sur terre il y a 200 millions d'annees, avant meme les dinosaures, et de realiser l'impact des activites et de la pollution humaines sur la survie des six especes de tortues marines. 
On termine la journee par une balade sur la plage de sable noir de Tortuguero en reflechissant au choix que nous avons fait, a ce que nous voulons faire ensuite... Je decide d'abandonner l'idee d'aller au parc de Manuel Antonio ou la frequentation touristique est forte et ou du coup, l'impact sur la faune devient trop important. On ressortira de toute cette discussion ce que j'appelle le paradoxe du voyageur, c'est-a-dire, faire la meme chose que tout le monde et ne voir que des lieux pervertis par le tourisme ou faire des choses differentes, moins connues et risquer a notre tour de pervertir ces lieux. Des hesitations, des questions que l'on s'est posees deja de nombreuses fois depuis le debut du voyage...

Le jour suivant, on se leve de nouveau a 5 heures du matin pour notre tour en barque. Le ciel est degage. On a bien fait de rester couche hier ! Trois heures a la rame au milieu des canaux pour observer une faune bien au rendez-vous : les trois especes de singe, une loutre, un caiman qui fait un bout de chemin avec nous, des herons toujours, des papillons morpho bleu et un toucan qui nous survole... Alors, dans les frustrations du voyage, en ce qui me concerne, on retrouve le toucan, le morpho bleu et le colibri. On a beau les voir, arriver a les prendre en photo releve de l'exploit !
Un moment agreable meme si un peu gache au debut par tous ces touristes dont les tours-operators organisent des excursions dans des bateaux a moteur. Dans un parc national, habitat du lamantin, espece en voie d'extinction, je ne comprends meme pas qu'ils puissent l'autoriser... mais l'argent, la encore, est surement plus fort.
La suite de la journee se deroule en douceur, promenade dans le parc, farniente, dejeuner frugal et petit en-cas avec un cake que je cederai volontiers a Franck en en voyant sortir une blatte. Il l'enfourne sans probleme en me disant : "Toutes les calories sont bonnes a prendre". Et bien, oui, parce qu'avec cette journee pas prevue au depart, on se debrouille une fois encore pour etre a court d'argent.

On ne sait toujours pas comment organiser la suite mais une discussion avec un italien, artiste jongleur, qui aurait bien plu a Florence, nous donne une bonne idee. La motivation est de nouveau a son comble.

par Solene publié dans : Costa Rica
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Mardi 25 mars 2008
Un coup de tampon, on quitte le Panama. On traverse a pied un pont vieillot au milieu de camions qui attendent pour qu'on passe. Un peu le bazar cette frontiere. Un autre coup de tampon, nous voila au Costa Rica. Bien sur on regarde le passeport pour voir si le nouveau motif est joli, si le prepose n'en a pas recouvert un autre. Autant au Panama ils n'avaient pas ete en reste pour cela, s'evertuant a camoufler la page namibienne de Solene, autant ici ils ont plutot assure. Mais on entre dans le sixieme pays depuis le debut. Passer la frontiere, ca devient presque comme acheter un ticket de bus...

Le bus qu'on attrape au vol d'ailleurs 300m plus loin. Cahuita, notre premier arret au Costa Rica. Deux petites heures de trajet et on debarque dans un terminal tout neuf. Il y a meme un plan a l'entree du village. Tout est fait ici pour faciliter la vie du vacancier, pour qu'il se sente bien. Oui, car depuis qu'on parcourt la cote caraibe, l'ambiance sent quand meme davantage les vacances qu'au fin fond du plateau andin ou sous les pluies de la cordillere. Mais Cahuita n'est pas encore Saint-Tropez, ca reste encore assez tranquille.

Nous devons chercher un endroit ou dormir. A priori, ca ne devrait pas etre facile. C'est la semaine sainte, ici aussi, et les ticos (habitants du Costa Rica) ont pour habitude de bouger cette semaine la. Ils prennent d'assaut tous les logements sur les cotes caraibe et pacifique. Le premier hotel est complet. Le suivant idem mais on a la possibilite de camper. Sinon on trouve une cabina (chambre) a 21 dollars. La difference est rude avec le Panama. On decide de planter la tente, pour 3 nuits, mais avec vue sur la mer des Caraibes. C'est deja ca !
Un peu de camping ne nous fera pas de mal malgre la tente qui se transforme vite en sauna sous ces latitudes tropicales....

Le lendemain, on laisse passer la pluie matinale, qui a aussi l'air de faire partie des tropiques avant d'aller au parc national de Cahuita. Les parcs sont faits pour preserver l'environnement mais avec la frequentation que certains subissent, on aurait parfois l'impression d'un effet inverse. Au moins, les constructions sont maintenues a l'ecart.
On y voit des singes hurleurs, des paresseux, un heron bleu, des centaines de crabes, des lezards et une vipere toute jaune, la plus dangereuse des alentours, mortelle si on n'administre pas un antidote dans les 90 minutes suivant la piqure. Celle-la ne bougeait pas.
On fait aussi la rencontre de singes capucins et d'un raton laveur bien mal habitues. Pas de doute, ce n'est pas leur curiosite naturelle qui les fait s'approcher trop de nous. Ce n'est presque pas de leur faute : on va voir un americain se faire prendre deux fois en cinq minutes des biscuits dans son sac par un tout jeune singe. Sans vouloir etre mechant, on en arrive a se demander lequel est le plus intelligent des deux.

Le chemin du parc qui longe la plage avec les cocotiers, les palmiers et juste derriere la foret qui vient mourrir pres de l'ocean est bien agreable en tout cas.

Pour le lendemain, on prevoit d'aller explorer les recifs coraliens du parc de Cahuita mais une mer trop agitee, rendant les fonds troubles, nous en empeche au dernier moment. On en profite pour mettre le blog a jour - on a un peu de retard - meme si on n'a jamais vu l'internet aussi cher qu'au Costa Rica. Decidemment, des que les gringos viennent en masse, les prix montent. Pour tout. D'ailleurs les gringos ce sont les americains, pas nous. Jacques Vabre nous avait menti...

Apparte : le comite de relecture, en l'occurence Solene, me precise que si l'on ne se souvient pas de la publicite, on ne comprend rien a cette derniere phrase. Explication. Il y a quelques annees, on voyait dans une pub pour le cafe "El Gringo" de Jacques Vabre un francais explorer les meilleures plantations. Ce n'etait donc pas possible vu sa nationalite. Voila c'est fait.

Autre apparte de Solene directement cette fois-ci : Merci Franck pour cette pertinente remarque !

On decide de ne pas rester plus a Cahuita. On a presque epuise les 178 plats de la carte du restaurant chinois et la mer n'a pas l'air de se calmer. Le snorkeling semble compromis pour le lendemain egalement. On va voir plus au nord sur la cote Pacifique encore, si on a plus de chance...
par Franck publié dans : Costa Rica
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