Ca commence avec une arrivee a Huaraz a 5h30 du matin. On erre un peu en ville a la recherche d'une auberge ou se poser. C'est le prix a payer quand on voyage sans
guide. On trouve finalement chez Olga, une petite grand-mere qui a quelques chambres a louer.
Un peu de repos apres une bien mauvaise nuit dans le bus. Encore une ! Les routes de montagnes sont evidemment bien sinueuses et souvent mal entretenues avec de nombreux nids de poule... Pas
facile pour trouver le sommeil.
Un petit tour dans Huaraz. L'ambiance est sympathique. On mange pour 3 ou 4 soles chacun dans des restaurants locaux et on offre un menu complet a une peruvienne qui reclamait quelques sous.
Apres avoir dit son benedicite, elle nous remerciera 4 ou 5 fois... On a fait une heureuse aujourd'hui !
On se decide ensuite pour le fameux trek de 4 jours de Santa Cruz. On fait toutes les courses au supermarche puis on prepare nos affaires. Franck qui ne ressentait pas plus que ca le besoin
d'aller en montagne, se montre en fait tout content et tout excite en faisant son sac.
Reveil un peu tardif le lendemain matin et lever a 7h15. Le temps de faire notre toilette et on saute dans un micro en direction de Yungay. La concurrence entre les micros est feroce ce
matin.
Les micros ou collectivos sont des mini-bus utilises essentiellement pour de petits trajets. Les rabatteurs optimisent autant que possible chaque deplacement en remplissant le bus avec un
maximum de passagers, assis ou non.
Et ce matin, c'est la lutte : les rabatteurs crient "Caraz, Caraz, Caraz", les chauffeurs ne cessent de klaxonner pour interpeller d'eventuels passagers, ils se doublent, se redoublent pour etre
en tete de file et donc a priori partir en premier, ils s'arretent meme au milieu de la route pour empecher les autres de passer...
Apres ce balai matinal, on file vers Yungay.
A l'arrivee, apres avoir tente de nous faire payer notre trajet plus cher que les locaux, le rabatteur nous demande de payer les places pour les sacs a dos... Voila qui est nouveau. Ils ne savent
vraiment plus quoi inventer pour arnaquer les gringos !
La, y'en a vraiment ras le bol ! Il aura le droit a un "non" ferme de Franck et moi en stereo ; il n'insistera pas trop longtemps.
Nous sommes a 9h15 a Yungay et on apprend que le dernier micro de la matinee vient de partir. Le suivant part a 13h, sinon on peut toujours prendre un taxi pour 150 soles au lieu de 10 en
micro... La bonne blague !
Ca ne nous arrange pas vraiment etant donne qu'il nous reste encore 3h de route, puis autant de marche avant d'atteindre le campement, mais on n'a pas le choix. On prend donc notre mal en
patience, on dejeune en nourissant tous les chiens errants du coin, on discute avec une sympathique famille qui nous apprend quelques mots en quechua.
Le Perou a apparemment deux langues officielles : l'Espagnol et le Quechua. En tout cas, les peruviens nous semblent souvent agreables quand ils n'ont pas l'habitude de voir des touristes et
qu'ils n'ont rien a leur vendre...
On essaie aussi d'aider un hollandais qui veut se rendre au lac un peu au-dessus et qui ne parle pas un mot d'espagnol et tres peu d'anglais.
Vers 12h30, on se rapproche du micro. On commence a le charger... et puis, on attend... encore et encore... Il n'est pas plein... Il manque 2 personnes... Vers 13h15, le chauffeur nous dit que
l'on part d'ici un quart d'heure... On attend... encore... L'hollandais s'impatiente et les insulte ; belle ouverture d'esprit. C'est leur fonctionnement ici, ils ne partent que lorsqu'ils sont
pleins ; c'est leur gagne pain, on peut le comprendre. Vers 13h40, on attend toujours... Meme les voyageurs peruviens s'en amusent : "Ahorita, ahorita et no sale" (tout de suite, tout de suite,
et on ne part pas) nous dit une dame... Une heure plus tard, ca y est, on est parti !
Le chauffeur nous propose de cacher nos sacs a dos sous des plastiques pour que les gardes du parc ne les voient pas. On peut ainsi pretendre passer seulement la journee dans le parc et
economiser 130 soles. Le tout en echange de l'habituelle "propina" evidemment.
On saute sur l'occasion, enfin surtout moi, un peu plus roublarde peut-etre que Franck, qui se retrouve a mentir aux gardes du parc... et qui ne craquera pas meme quand le garde le menacera de
devoir payer le double en cas de controle pendant le trek... enfin, il s'en est fallu de peu, hein, Franck ?
3 heures sur un chemin des plus inconfortables... Dur, dur... On a quand meme la chance de profiter de la vue degagee sur les sommets du Huascaran et du Chopicalqui... Superbes !
Nous sommes a 17h au depart du trek. On charge les sacs sur le dos, on serre la ceinture ventrale, on ajuste les bretelles et hop, on est parti.
Apres une heure de marche au milieu des petits villages, la pluie s'abbat sur nous. On laisse passer deux campings et vers 19h, alors que la nuit tombe, on decide de s'arreter et de monter la
tente.
On reprend alors nos anciennes habitudes. Franck nous concocte un delicieux repas qui commence par une soupe de potiron Knorr et de mon cote, je nous prepare un petit nid douillet grace a nos
duvets Blue 600 de Valandre...
On se couche a 22h et on passe notre nuit a ecouter attentivement la pluie tomber. A 5h45, le reveil sonne et la pluie redouble d'intensite. On reste bien au chaud en attendant l'accalmie vers
7h30 du matin. On sort alors pour preparer et prendre le petit dejeuner. Malheureusement, 3/4 d'heure plus tard, on se refugie a nouveau sous la tente pour se proteger de la pluie. On peut en
ressortir vers 9h30... en tout cas pour 1/4 d'heure cette fois-ci... et c'est reparti pour la pluie.
On voit passer deux marcheurs qui finissent le trek en sens inverse, qui nous disent qu'il pleut beaucoup, qu'ils n'ont vu aucun sommet et qu'on a au moins 7h d'ascension avant d'atteindre le
point culminant Punta Union et plus encore pour redescendre sur un camping...
Il faut se rendre a l'evidence, comme tout le monde nous l'a indique, ce n'est pas la saison pour etre dans la Cordillere. On renonce. Franck est plus que decu et me dit : "Renoncer, c'est
difficile partout". Je trouve pour ma part que c'est encore plus difficile dans la Cordillere Blanche que dans les Alpes, parce qu'on y reviendra pas de si tot. On decide donc de faire
demi-tour.
Pendant qu'on plie la tente, des enfants viennent nous reclamer pain et pates. Franck leur donne 1/3 de notre pain et plus de la moitie des pates prevus pour les repas suivants. Apres tout, si on
rentre, on n'en a plus besoin.
Un morceau de ciel bleu apparait... Franck hesite encore, je le sens bien. Moi aussi. Et hop, sur un coup de tete, je lui dis : "on y va". Il nous manque maintenant pas mal de nourriture, tant
pis, on partagera... A 11h30 donc, on part pour notre 2eme journee de trek.
On croise un couple d'allemands qui termine lui aussi son trek et nous annonce une dizaine d'heures pour monter a Punta Union et redescendre au camping. Pour eux, impossible a faire
aujourd'hui dans le delai restant. On verra bien...
La pluie ne nous lache pas. Tout est dans la brume. Le chemin est detrempe et il faut sauter de pierre en pierre pour eviter de mettre les pieds dans l'eau... Comme dit Franck, ca ne facilite pas
la progression... C'est un euphemisme !
En debut d'apres-midi, le soleil se montre et nous laisse a peine le temps de secher et d'avaler quelques gateaux avant de disparaitre a nouveau laissant place a une averse de grele... Dur,
dur...A ce moment-la, on ne dit plus rien. On avance l'un derriere l'autre, la tete baissee. Franck se retourne de temps a autre pour etre sur que je suis toujours derriere, on se regarde alors
avec un grand sourire comme pour rire ensemble de la galere dans laquelle on s'est mise et pour se donner mutuellement du courage. Puis, c'est de nouveau la pluie. De toute facon, maintenant on
est trempe. Je me dis que meme mes pieds sont desormais mouilles et la, Franck me dit : "Je crois que j'ai les pieds mouilles". Pas de doute, on a bien signe pour la meme galere.
On progresse a l'aveugle. On ne voit rien du chemin a plus de 100 metres, on n'a pas de carte precise du trek, on ne sait pas vraiment ou on est... C'est long, tres long... Je ne pense plus
a rien d'autre qu'au pas suivant, puis au suivant... Ca occupe toutes mes pensees...
Et puis, voila, on arrive enfin a Punta Union, 4750m d'altitude. L'altitude d'ailleurs ne nous a pas du tout gene. On est plutot bien acclimate, on dirait. Le temps de quelques photos et c'est la
neige qui s'y met. Decidement, on aura vraiment tout eu !
Pas le temps de trainer. Il est deja tard. Il faut se depecher de redescendre pour rejoindre le campement. Franck qui a le sac bien charge fatigue et a mal au dos. Je lui propose de le soulager
un peu, mais rien a faire... Ah, les mecs... Et puis, au bout d'une heure de negociation, il finit par me donner la tente... Pour une fois que c'est moi qui peut l'aider !
On arrive avant la nuit au camping. On partage une soupe et un sachet de pates de 100 grammes. J'espere que les enfants profitent bien de la nourriture qu'on leur a donnee... Et rapidement, au
dodo...
Lendemain matin, reveil a 6h30. Franck ouvre la tente et me dit de sortir vite, que tout est degage. J'ouvre alors la tente, je plonge mes deux pieds dans mes chaussures de trek, pour gagner du
temps, je ne fais pas mes lacets et les entoure juste autour de mes chevilles et je bondis hors de la tente... J'essaie d'avancer le pied gauche sans succes, puis le pied droit, mais meme
resultat... Mon corps, lui, en revanche, est bien parti et je m'allonge de tout mon long, avec evidemment la plus grande classe, dans l'herbe mouillee... Franck m'aide a me relever apres avoir
detache le crochet de ma chaussure droite qui s'etait emmele avec mon lacet gauche... Une bonne rigolade apres, j'attrappe l'appareil photo, mais trop tard... l'Alpamayo vient tout juste de
disparaitre dans les nuages...
On quitte le campement vers 9h apres avoir fait l'animation pour les vaches et chevaux du coin. Le chemin n'est plus du tout, un ruisseau a pris sa place et il faut encore une fois sauter de
pierre en pierre pour progresser. Arrives dans une grande plaine, on perdra meme plus de 3/4 d'heure a essayer de traverser, mais sans succes. On finira chaussures aux mains...
On a le plaisir de dejeuner au soleil. Grand luxe !
Quelques heures plus tard, un panneau nous indique encore 9.5km avant le village et 3.7km avant le dernier camping. On a finalement decide de terminer le trek en 3 jours au lieu de 4. On se dit
qu'on va regarder le temps qu'on met pour faire la distance jusqu'au camping pour avoir une idee de notre arrivee au village final.
On croise en chemin un pauvre chien amaigri, affaibli et vraisemblablement mourrant. Je lui donne nos 100 grammes de jambon serrano restant et 300 grammes de fromage. Cette fois-ci, on a vraiment
plus rien a manger. Franck me laisse faire patiemment. Je porte ensuite le chien pres d'un point d'eau. S'il n'a pas de maitre qui passe par la pour le recuperer, ce pauvre chien est condamne. On
a essaye de lui donner une chance...
En tout cas, le temps que je passe a m'occuper du chien perturbe completement le chronometrage de Franck pour le camping...
2h15 plus tard, toujours pas de camping. On n'a jamais mis aussi longtemps pour faire 3.7km. Il pleut de plus en plus. Le chemin, ou plutot le ruisseau, est desagreable. La aussi, c'est long,
tres long... Mes genoux souffrent... On fatigue...
Et puis vers 18h, on arrive au village. Le camping, on ne l'a jamais trouve...
Les habitants du village sont bien sympathiques. Un chauffeur de taxi qui descend sur Caraz propose de nous emmener pour 6 soles chacun. Vraiment pas cher, on accepte. On charge les sacs dans le
coffre et on rejoint deux vieilles dames sur la banquette arriere. Le chauffeur s'arrete en chemin pour prendre un autre passager et trois sacs de mais de 80 kilos chacun. La voiture est plus que
pleine. Mais le chauffeur s'arrete une nouvelle fois aupres de deux hommes et trois moutons. ????. Un des hommes proposent le toit de la voiture. Pour eux ou pour charger les moutons ???
Heureusement, notre chauffeur refuse et nous voila repartis sur une route sinueuse en pleine brume avec une visibilite a 10 metres environ, mais notre chauffeur est tres prudent.
Arrives a Caraz, le chauffeur nous aide a nous renseigner aupres de differents terminaux de bus, mais il est trop tard et plus rien ne part sur Huaraz. Il faut donc rester dormir a Caraz.
Toujours aussi surprenant, le chauffeur descend pour negocier les tarifs de notre hotel... Ca ne fonctionne pas, mais on a rarement croise quelqu'un qui se donne autant de mal pour nous au Perou.
En plus, il nous fait un prix sur le trajet et nous ne payons que 10 soles.
On trouve finalement une petite chambre pas chere qui fera parfaitement l'affaire pour une nuit.
Le lendemain, retour a Huaraz. On s'organise pour repartir le soir meme sur la cote pacifique, a Trujillo.
On passe a l'auberge pour deposer nos sacs mais Olga n'est pas la. Pas simple pour recuperer les affaires laissees chez elle. On la trouvera un peu plus tard. On passe chez elle vers 19h45 pour
refaire nos sacs. Elle nous dit qu'elle s'en va a la messe et nous met rapidement a la porte. On se retrouve sous la pluie avec toutes nos affaires en vrac a la main. On trouve un petit abri sur
un trottoir pour refaire nos sacs. C'est la misere !
Assez de pluie, direction la cote.
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