Samedi 3 mai 2008
Tocoa, 9h. Aujourd'hui on entame notre route vers la Moskitia, en "school bus" americain toujours. On a delaisse l'option pick-up, plus rapide mais plus onereuse aussi. Apres 30 min, on voit un panneau : Iriona, 86 kms. C'est notre destination. C'est juste qu'il faudra 5h pour les parcourir ces 86 kms. Il y a eu quelques pluies dernierement et la route de terre n'est pas en si bon etat. Mais meme a cette vitesse, on va reussir a se prendre le talus (sans gravite) en decouvrant au detour d'un virage le bus de 8h tombe en panne. Evitement reussi, ou presque.
A mi-parcours, on se demande encore si on est au Honduras. On se trouve ici sur les terres des Garifunas, des descendants d'esclaves africains dont le bateau s'etait echoue sur l'ile de Saint Vincent. Chasses pas les anglais, ils se sont installes sur les cotes du Honduras et celles du Belize et Guatemala egalement. Dans le bus on se croirait plutot en Afrique du coup avec tous les gens qui montent. Tous parlent le garifuna, un dialecte dont on ne comprend pas un seul mot. On est tout de suite dans l'ambiance. Ca me fait penser aux vocalises de Sidsel Endresen sur l'album Out Here. In There. Solene croit entendre Donald Duck parler. Malheureusement, on ne pratique ni l'un, ni l'autre.

Une fois a Iriona, on prend une lancha pour remonter une riviere jusqu'a Sangrelaya. On s'arrete ici pour aujourd'hui. Un gamin nous conduit a notre logement. On ne fait pas les difficiles, le choix est restreint. Pour avoir la chambre, il va falloir attendre que le proprietaire soit rentre de l'ecole. On a le temps de marcher jusqu'a la plage. Sur le chemin du retour, Alicia nous salue de loin. Alicia c'est la bonne femme noire. Sourire et corpulence genereux, la bonne mama. Elle nous donne deux chaises. On discute. Elle nous offre deux galettes avec du fromage fait maison. On apprend nos premiers mots de garifuna. En partant, on veut lui acheter un petit quelque chose car elle a un petit magasin. De l'eau ? Oui j'en ai et voila qu'elle nous donne deux grands verres d'eau de pluie dont elle se sert pour sa consommation personnelle. Genereuse de coeur aussi.
On regagne l'hotel et deux dames nous conduisent au seul comedor du village. C'est sur leur chemin...

Le lendemain, on va voir l'etat de la maree. On peut marcher 4h jusqu'a Batalla, le long de la plage. On est accompagne par Abrahan, un jeune handicape qui va nous suivre partout desormais. Sur le plage, on discute avec un pecheur qui repare ses filets. Sur le chemin du retour, Alicia nous fait signe a nouveau de loin. Elle est en train d'ouvrir deux noix de coco pour qu'on en boive l'eau et qu'on mange la chair. Discussion et rires a nouveau. Il fait trop chaud pour partir marcher desormais. On decide d'attendre les pick-up (delaisses la veille) en provenance de Tocoa. Manque de chance, ils sont tous pleins aujourd'hui. On attend en vain jusqu'a 16h sur la plage avec Abrahan qui veille sur nos sacs ou qui fait des petits tours avec notre tente sur le dos. Ca le fait beaucoup rire. Quatre petites garifunas jouent autour de nous et nous tiennent compagnie egalement.
Ce soir, on mange chez Alicia. C'est plus sympa qu'au comedor. Je filme toute la petite famille. Les enfants ne se lassent pas de se voir. On promet d'envoyer le DVD de tout ca a notre retour. Alors qu'on dort tranquillement, Solene est reveillee a 2h20 par quelqu'un qui est en train d'ouvrir la porte par la fenetre cassee. Elle me reveille. On bouge. L'intrus disparait. Bizarre dans ce village pourtant si calme. On a un peu de mal a retrouver le sommeil mais rien de grave au final.

On change notre strategie pour gagner Batalla : depart matinal par la plage. Abrahan nous escorte. Je lui confie mon petit sac a dos. Il a un sourire jusqu'aux oreilles mais bien vite le poids du sac, sa sandale cassee et ses difficultes physiques l'empeche d'avancer. Je le deleste. On va avoir toutes les peines du monde a le convaincre de se retourner un peu plus loin.
Apres 2h de marche, l'embouchure du Rio Tocamacho est en vue. On croise un garifuna qui chasse l'iguane. Voyant sa machette, j'essaie de faire tomber une noix de coco avec un bout de bois. On manque d'eau. On n'en a meme pas du tout. On ne trouve que des sodas ici et a force le sucre, c'est dur... Me voyant faire, il me propose d'aller me les chercher. Ni une, ni deux, le voila 5 ou 6m plus haut a decrocher les noix. Bien plus efficace que le bout de bois. Chacun sa discipline de predilection. Ils nous les ouvre avec sa machette. On peut se desalterer ce qui nous fait du bien vue la chaleur.
Pour traverser l'embouchure, deux cavaliers arrives au moment opportun, nous font signe de passer pres de la mer et pas dans la riviere. Ils nous surveillent. On s'eloigne un peu trop neanmoins et on mouille nos pantalons et moi le bas de mon sac a dos. A l'endroit apparemment plus calme ou on voulait traverser, on aurait eu de l'eau jusqu'aux epaules. Pendant qu'on remet nos chaussures, une voiture arrive. Le chauffeur propose de nous conduire a Batalla. Ca bouge bien a l'arriere du pick-up et on frole l'eau a toute vitesse. A Batalla, on est assailli par les lancheros qui veulent nous mener en bateau dans les divers villages du rio. On hesite. Solene discute avec un homme plus sympa qui lui apprend que les garifunas compte comme les francais parce qu'ils avaient, sur l'ile de Saint Vincent, un professeur francais qui leur avait appris comme ca. Marrant. On traverse avec sa lancha jusqu'a Palacios, juste en face de Batalla pour une journee tranquille le lendemain. On se fait tres bien au rythme local finalement. Observer toucans, perroquets, pelicans et fregates, lire un peu, laver du linge, discuter. La journee passe tres vite. Loin de toute agitation. Des hommes ont le pistolet a la ceinture. On se demande bien pourquoi meme s'il parait qu'il y a des narcos-trafiquants dans le coin.
En fin d'apres-midi, on prend une lancha pour Rais Ta. Une chambre en bois sur pilotis, un eclairage a la bougie et un grand saut pour faire la toilette... ici le calme derangerait presque la tranquillite.

Le lendemain, on marche 5h aller-retour pour gagner l'embouchure du Rio Platano, plus loin sur la cote. On traverse les villages misquitos, des indiens qui ont toujours habites ici, jamais envahis par les espagnols. Ca se voit. Ils sont forcement bien differents des garifunas. C'est etonnant de constater comme les ethnies de la Moskitia, meme proches, ont conserve leurs particularites. On est a quelques kilometres a vol d'oiseau de Tocoa et pourtant on se croirait au bout du monde. Ici un bateau (dont le proprietaire est misquito) passe tous les 15 jours pour ravitailler les villages. Les femmes lavent le linge dans le rio. Les enfants de 3 ou 4 ans plongent nus la tete la premiere dans l'eau. Le grand frere de 6 ans, aux commandes de la pyrogue, vient nous voir pour savoir si on veut traverser. Les gamins fuient en riant quand Solene leur montre l'ecran de l'appareil photo. Ils reviennent ensuite amuses. Il n'y a que mon bob qui depasse quand je leur montre le film sur l'ecran du camescope. L'espagnol, ils l'apprennent a l'ecole mais la ils commentent tout en misquito, entre eux. On ne comprend rien. Cinq hommes tirent un filet a la main, du rio jusqu'a la mer, pour trois poissons. C'est pas grave, ils recommencent, il faut nourrir le village. On se croirait en plein milieu d'un reportage de Thalassa. Rien de tres connu ici, les paysages n'ont presque rien d'exceptionnel mais l'accueil et la vie des gens nous marquent vraiment. Un voyage different...

Pour entrer un peu plus au coeur de la Moskitia, on decide d'aller le lendemain a Las Marias sur 3 jours. On prend le temps qu'on n'a pas. Si ce n'est pas du luxe ca !
Quatre heures de lancha pour remonter le Rio Platano. A la tombee du jour on assiste au manege habituel des toucans et perroquets verts qui regagnent leur logis pour la nuit. On ne les aura jamais vus aussi bien qu'ici. Et puis, allonge dans le hamac, on surveille la pleine lune qui se leve au-dessus de la foret.
Le lendemain, on va faire une balade dans la foret avec Elias, notre guide. On n'est pas dans une zone de foret primaire. Pour ca on n'a pas encore vu mieux que l'Amazonie. Malgre tout, il nous montre quelques plantes medicinales et une liane dont on peut boire l'eau. Souvenir. Mais ce n'est pas le plus important, la Moskitia est placee sous le signe de l'echange. Elias nous parle des indiens Tawakhas et Pechs qui vivent dans la Moskitia egalement. Il nous apprend qu'a 29 ans, il entame sa premiere annee de college (equivalent 6ieme chez nous) car le programme vient d'arriver pour la premiere annee a Las Marias. Il travaille avec des livres a trous : 12 a remplir au cours de l'annee. Pour l'anglais, il ne sait pas trop encore comment ils vont faire. Les deux professeurs ne parlent pas non plus anglais... Il nous demande ensuite si les dinosaures existent encore. Si c'est vrai qu'il y a des parties de la Terre ou la mer se transforme en glace. Si des hommes et des animaux vivent la-bas. Toutes les reponses l'etonnent. Il est bien perplexe quand on lui explique que la-bas, le soleil ne se couche pas pendant 6 mois et que la nuit dure autant ensuite. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance, nous dit-il, mais c'est tres difficile a imaginer pour moi. Pour nous aussi d'ailleurs.

Le lendemain, ils nous faut regagner Rais Ta ou on passe notre derniere nuit au calme. Lever a 2h30 pour prendre la lancha. On parcourt le rio avec la pleine lune, de nuit, pour arriver a Batalla au lever du jour. On y voit un chauffeur tout fier d'exhiber un iguane femelle, les pattes retournees et attachees dans le dos. Touchez, nous dit-il, elle a au moins 40 oeufs dans le ventre. On fait une grimace. Solene regrettera de na pas avoir defendu davantage le respect de la vie animale. Une femelle pleine, ca ne se fait pas, soupire-t-elle. Elle a bien raison mais pour eux, tout ca est normal, il ne comprendrait pas.
Le pick-up qui nous conduit a Iriona aborde la plage avec les couleurs rougeoyantes du petit matin et les barques des pecheurs garifunas qui profitent d'une mer calme. On ne pouvait pas souhaiter meilleures images pour quitter la Moskitia.

PS : Je vous conseille la photo 34 de la galerie, une des plus belles prise par Solene a mon avis.
par Franck publié dans : Honduras
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Commentaires

Magnifique récit ! Un moment de paix et de simplicité qui m'inspire quelques réflexions... Toujours très contente de vous lire, je vois que tout va bien. Bon courage et bon vent !

Marie
commentaire n° : 1 posté par : Marie le: 05/05/2008 08:38:29

A dire vrai, on esperait bien un petit commentaire de ta part sur cet article. Contents de te savoir toujours avec nous. Le vent nous portera...

réponse de : Solene et Franck (site web) le: 12/05/2008 04:17:29
Bonjour,
Tres certainement pour moi le recit le plus emouvant et touchant depuis le debut.
Bisous collectifs de "la Plaine".
commentaire n° : 2 posté par : eric le: 05/05/2008 09:43:31
Hello Franck et solene,
je confirme, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de commentaire, que l'on ne lit pas votre blog.
De bien bonnes et dépaysantes coupures entre midi et deux.
a+
marc
commentaire n° : 3 posté par : marc lemaire le: 07/05/2008 13:10:14

Ca vient donc de la les pics d'affluence du lundi et du vendredi... des coupures entre midi et deux. On va essayer d'en remplir encore un peu alors des coupures. A+


réponse de : Franck (site web) le: 26/05/2008 00:43:12

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