Samedi 5 janvier 2008

Apres la jungle, nous n'avions pas envie de l'agitation d'une grande ville comme La Paz. Nous avons donc decide de filer directement a Copacabana sur les rives du lac Titicaca.

Lac sacre des Incas, berceau des grandes divinites andines. Beaucoup de legendes existent ici sur la naissance des Incas et celle d'Inti, le dieu du Soleil. Alors forcement, c'est pour moi l'occasion d'une pensee pour les fondateurs d'Intitek et d'un petit message personnel. J'ai cru comprendre que ca demarrait fort, alors longue et belle vie a ce projet.

Le lac Titicaca donc. Lac de legende, lac mythique. Un lac qui fascine par sa situation geographique entre Bolivie et Perou a plus de 3800m d'altitude et par l'histoire des populations qui peuplent ses rives et ses iles.

Nous imaginions un lieu calme, reposant, recule de tout... et bien non, pas du tout !
Copacabana est une ville ou l'on croise bien plus de touristes que de locaux. L'approche du reveillon de fin d'annee y est peut-etre pour quelque chose...

Un peu decus par ce lieu qui ne correspondait pas a nos attentes, nous embarquons le lendemain pour l'ile du soleil. Depart prevu a 8h30, mais voila, nous sommes toujours en Bolivie et les boliviens ne sont pas plus ponctuels ici qu'a La Paz... Depart donc 45min plus tard pour trois longues heures de bateau en direction de la partie nord de l'ile.

Arrives sur l'ile, il nous faut traverser toute l'ile a pied pour reprendre le dernier bateau a 16h. C'est la qu'on maudit les boliviens pour leur retard...

L'ile du soleil est une petit colline sympathique, couverte de la base au sommet de cultures en terrasses typiques de la civilisation inca. Les vues sur le lac, la Cordillera Real un peu cachee par les nuages dans le fond, et les villages le long des petites criques sont bien jolis. Il regne ici un petit air de mediterranee. Seul bemol : des touristes partout, encore et encore... sur l'ile, bien plus de restaurants et d'alojamientos que de maisons... et partout des enfants qui nous reclament des bonbons...

Retour a Copacabana ou a peine rentres, nous croisons Servane et Vincent, un couple de bretons, rencontre une premiere fois a Potosi. 
C'est avec plaisir que nous passons donc la soiree du 31 avec eux. 
Petit probleme : il ne nous reste plus que 115 bolivianos (soit environ 12€) pour la soiree et evidemment tout est ferme. On a beau etre en Bolivie, 12€ pour le reveillon, ca ne fait pas beaucoup !
A part le plat principal du soir : le lechon (bien mieux que du foie gras, si si... de la viande de porc rotie accompagnee d'une patate, d'une patate douce et d'une banane, le tout sans sauce), le reste de la soiree nous sera entierement offert par Servane et Vincent. On passe une excellente soiree qui se termine aux alentours de 2h du matin, sous la pluie, ce qui est parait-il de bonne augure pour la pachamama (la terre mere). Un grand merci a notre couple de genereux bretons, qui ne nous connaissait pas vraiment quelques heures auparavant et qui nous a permis de passer un reveillon digne de ce nom. Ca restera surement notre meilleur souvenir de Copacabana !
On espere juste maintenant que nos routes se recroiseront au Perou, histoire de leur payer une bonne bouffe ! D'autant plus que la nourriture y est bien meilleure qu'en Bolivie...

Le lendemain matin, depart pour le cote peruvien du lac, puis pour un tour des iles Taquile et Uros. Notre guide n'est pas tres bavard, pas tres renseigne non plus apparemment... toujours dommage pour ces moments la.

L'ile de Taquile, qui un peu comme l'ile du soleil, a des allures de Grece antique : des parcelles de cultures en terrasses, quelques maisons disseminees dans l'ile, des murets de pierre... mais l'interet de Taquile se trouve surtout dans sa population, 2500 habitants de langue quecha qui fonctionnent en systeme de communaute et qui continuent a s'habiller avec les vetements traditionnels. Visite rapide, aucun echange avec les habitants, peu d'explications de notre guide et encore une fois, un tourisme important. On passe surement a cote de beaucoup de choses et nous ne sommes vraiment pas seduits.

Les iles flottantes d'Uros ensuite. Plutot surprenantes que ces iles qui surgissent au milieu du lac et des roseaux. Ici le roseau semble etre le materiau de construction quasiment unique. Les maisons, la tour de guet, les barques... tout est en roseaux. C'est une sensation assez etrange que de marcher sur ces iles. On s'enfonce de quelques centimetres sans toutefois toucher l'eau. 
L'accueil est un peu folklorique, mais plein de sourires. Notre guide nous donne quelques explications un peu floues sur l'origine de ces iles, mais tres interessantes sur leur construction. On rentre bien dans le jeu et on joue meme les parfaits touristes en achetant des dessins a deux enfants aymaras de l'ile et en prenant la barque en roseaux pour traverser d'une ile a une autre.
On apprecie la visite de ces iles flottantes. Ce n'est qu'un peu plus tard que nous apprendrons que ces iles ont en fait ete creees par l'ethnie des Uros qui aurait disparu dans les annees 1950 pour laisser place a des indiens aymaras qui se font passer pour leurs descendants et qui maintiennent leurs traditions parce qu'ils ont bien compris l'interet touristique du lieu. Dommage...

par Solene publié dans : Bolivie
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Jeudi 3 janvier 2008
Avertissement prealable au lecteur : cet article est long. Tres long. Mais c'etait tellement bien...

L'aventure commence a la Paz, avec le bus. Le bolivien a une facheuse tendance a arriver au dernier moment, voire en retard. 10 min avant le depart, le bus est pret. C'est sans compter sur un bolivien qui arrive avec une pile de cartons aussi haute que lui. On reorganise les soutes, oui car je participe aussi. Certains cartons ou sacs vont rejoindre les 4m3 de feuilles de coca qui sont deja sur le toit. C'est bon, tout rentre. Et non, 5 min plus tard, rebelote. Puis a nouveau avec un cadeau de Noel super fragile qui finira aussi sur le toit, faute de place. Le bouquet final, c'est quand un jeune arrive avec rien de moins qu'une machine a laver pour prendre le bus. Je n'ai que ca, dit-il. Heureusement! Hop, sur le toit aussi.
On peut enfin partir avec 1h de retard mais au bout de 30 secondes, arret... Le guidon d'une bicyclette arrache les fils du reseau electrique. Le chargement est un peu haut peut etre. Pas de probleme, le deuxieme chauffeur passe par une fenetre du bus pour monter soulever les fils et regler ce petit detail.
30 min plus tard, on s'arrete de nouveau a la sortie de La Paz. On a un petit probleme avec la bicyclette. Elle gene pour passer un peage. Apres un rapide sondage, il s'avere qu'elle n'est a personne. Elle a du etre chargee par inadvertance. On hesite a la laisser la, a la garder. Finalement on la deplace et elle ira passer les fetes de fin d'annee a Rurre, sans son proprietaire. On repart une heure plus tard...

On monte a 4600m avant de redescendre par la magnifique region des Yungas. On emprunte un nouvelle route asphaltee d'ou l'on peut admirer a loisir la "route de la mort" sur l'autre versant qui sert surtout aujourd'hui aux VTTistes amateurs de sensations fortes.
Tout d'un coup, ca frappe dans tous les sens sur les cotes du bus. On vient de crever. Le bolivien a aussi tendance a surveiller le bus et la route. Rassurant... ou pas. Un gars va ainsi faire quasi tout le voyage la tete a la fenetre, la casquette vissee sur le front. On s'arrete pour changer la roue qui se trouve bien judicieusement au fond de la soute a bagages...
1h plus tard, on a gagne le fond de la vallee et une route de terre qui serpente le long du rio Beni. Ca frappe a nouveau. Crevaison mais la on ne s'arrete pas. On n'a qu'une seule roue de secours. Notre ami bolivien ne quitte pas la route de yeux. Il est du cote du precipice et de la crevaison. La poussiere, meme pas peur. Un camion arrive en face. On le croise a gauche. Solene pense qu'ils ont du etre colonises par les anglais en fait. On comprendra un peu plus tard, devant la systematisation du phenomene, que cela permet au chauffeur, assis a gauche forcement, de mieux apprecier la distance qui le separe du ravin. Tout va bien. 
Un peu plus loin, on s'arrete pendant deux heures pour reparer les deux roues dans une gomeria. Le temps pour nous de grignoter quelques trucs et d'improviser un apero coca - biscuits sales.
22h apres notre depart, on arrive enfin a Rurre, presque dans le temps. A 5h pres.

La, changement complet d'atmosphere. Il fait chaud, humide, tout parait paisible. Les gens se deplacent en moto, sans casque forcement. On se croirait presque dans les iles. Les tenues legeres sont de sortie. Solene va pouvoir profiter pleinement toute la semaine de mon short Vertical, motifs 1991. Un must. Desole, c'etait le plus leger. Elle, arbore une robe rouge, forcement plus elegante. Farniente. Ca change de La Paz et ses temperatures plutot fraiches.
Le soir je goute au surubi a la plancha, un delicieux poisson a la texture exquise, peche dans le rio Beni meme.

Le lendemain on part pour 3 jours dans la pampa, .... Apres 3h de 4X4, on prend une pirogue pour remonter le rio Yacuma avec notre jeune guide Juan-Carlos. Saison des pluies oblige, le niveau de l'eau est tres eleve en ce moment. L'observation de certains animaux comme les anacondas, les capibaras (plus gros rongeur au monde), les caimans ou les alligators s'en trouve complique : leur territoire devient immense. Comme dit Juan-Carlos : "Tout est possible. Rien n'est sur".  Les dauphins d'eau douce, au dos rose, sont bien la eux par contre. 
Il est tres agreable de naviguer et d'apercevoir des singes ecureuils (chichillos amarillos), tres curieux mais mal habitues par des guides peu scrupuleux qui leur donnent des bouts de banane ; des singes hurleurs perches a la cime de arbres, plus grands et qui justifient bien leur nom quand ils se reveillent le matin vers 5h30 ; des tortues, des cormorans, des oiseaux de paradis, des manguaris proches de la famille des herons, des aigles, des vautours, des poules d'eau marron, orange et noir. On verra meme deux capibaras furtivement, des alligators et un caiman.
Le deuxieme jour on part marcher a la recherche de l'anaconda qui reste definitivement trop bien cache. On se contentera de crabes et d'escargots dans les hautes herbes. Au repas de midi, le fils de la cuisiniere, 5 ans, appelle Frederico. Un lezard a ce qu'il me dit. Ce n'est que le lendemain qu'on verra Frederico, un alligator de 2,50m finalement. La mascotte du campement.
L'apres midi on remonte la riviere un peu plus haut pour aller nager avec les dauphins d'eau douce. Pas evident de plonger dans cette eau noire a l'odeur nauseabonde a cause de toutes les huiles des vegetaux en decomposition a cette periode. Meme Juan-Carlos hesite mais c'est marrant d'avoir les dauphins qui viennent respirer a quelques metres de soi. Au retour, Juan-Carlos me laisse manoeuvrer la pirogue a la pagaie. Pas evident de mener une embarcation de 9m avec 9 personnes dans les meandres du rio Yacuma. Je finirai meme le retour au campement avec le moteur : on s'y croirait.
Le troisieme jour sera un peu gache par la pluie au debut mais au moins on aura eu toutes les ambiances. On verra tout de meme un toucan grande et son bec multicolore poursuivi et attaque par 3 autres oiseaux : c'est un voleur d'oeufs. 
Il ne faut pas oublier dans ce cadre presque idyllique, l'ennemi numero 1 : le moustique qui ne nous lache pas une seule seconde. Malgre les repulsifs, nos peaux en portent les stigmates.

On rentre a Rurre. C'est la basse saison touristique et on ne trouve rien en partance pour la selva (la foret vierge ou la jungle suivant les appellations). Solene me dit qu'elle n'est pas mecontente de quitter les moustiques. Elle a plus de 100 piqures et elle ne les a peut etre pas toutes comptees. De plus, depuis qu'on est la, la peau des doigts la brule. Elle fait une reaction allergique dont on ignore la cause.

Le lendemain au reveil, elle sent que ce n'est pas la grande forme. C'est vrai que je suis deçu de ne pas aller dans la selva. Elle me dit d'aller voir s'il n'y a pas une agence qui part. Au diable les moustiques et l'allergie aux doigts. En 10 min, tout va aller tres vite. Je fais deux aller-retour hotel/agence pour negocier un bon prix et avertir Solene de notre possible depart. Pendant ce temps, elle s'occupe de refaire les deux sacs en partance pour La Paz en un seul pour la selva. 5 min plus tard on se retrouve dans une petite pirogue a remonter un large fleuve aux couleurs boueuses avec la foret verte et luxuriante qui recouvre le relief alentour. L'image d'Epinal de l'Amazonie... mais qu'est ce que c'est bien! 
C'etait chaud quand meme ce matin me glisse Solene avec un sourire devant mon contentement manifeste... en effet, la pirogue ne pouvait attendre plus.

La selva. Que dire ? Difficile de resumer les 5 pages que j'ai ecrites dans mon carnet en 3 jours. Assurement le moment fort de la Bolivie pour nous. 
Un environnement completement nouveau. Le bruit constant des singes et autres mammiferes, des crapauds, des oiseaux dont le seringuero au cri inimitable et malgre tout, un calme et une serenite de tous les instants. Meme la lumiere est adoucie par la voute verte qui nous protege. Reposant.
Mais la selva ne serait pas la selva pour nous sans Jose-Luis, notre guide. Son grand-pere vivait dans une communaute indienne tacana et lui evolue dans cette foret depuis l'age de 10 ans. Il est comme elle. Il parle doucement, avec calme, et nous explique tous les secrets de la foret. On sent qu'il l'aime... Il y a des rencontres qui marquent. Il y a des gens qui ont du charisme meme en short et une paire de bottes en caoutchouc au pied. Marcher 7h par jour, et de nuit parfois, dans la foret avec lui est un regal. Toujours le sourire aux levres, faisant tout son possible pour nous faire profiter de cet environnement si riche.
Il connait tous les noms de la foret en tacana. C'est comme ca qu'il a appris. Mais il s'est aussi interesse aux noms scientifiques de son environnement en collaborant pour ca avec une ONG qui travaillait sur place avant qu'Evo Morales ne la renvoie dans son pays. A Rurre, on est loin de la politique apparemment. Ses effets s'en font neanmoins sentir.

Jose-Luis nous propose de nouvelles experiences culinaires : des fruits, des termites, des ecorces d'arbres au gout de quinine (on a l'impression de manger du Schweppes) ou d'ail, des plantes anesthesiantes ou l'on retrouve des sensations de "chez le dentiste". Il coupe une liane grosse comme le point avec sa machette en morceaux d'un metre environ. Il les renverse pour nous faire boire l'eau excellente qui sort litteralement du bois. Il nous montre des racines utilisees pour l'anemie, des ecorces pour les rhumatismes, l'activite sexuelle, d'autres qui permettent de coudre des vetements quand l'arbre est jeune, les feuilles d'une plante qui, une fois broyees, delivrent un jus rouge qui permet de teindre les vetements ou de se maquiller pour les ceremonies, l'arbre le plus toxique de la foret dont la seve est utilisee pour rendre plus redoutables les fleches des indiens. Il nous fait voir les animaux et pourtant ce n'est pas evident dans la selva. On a juste l'impression d'une recompense quand on en apercoit. Des cochons sauvages par groupe de 200, des singes, des tarentules, des cigales, des mantes religieuses cachees dans les feuilles, des alligators, des perroquets, un opossum (marsupial), des fourmis geantes. Il utilise beaucoup son ouie pour la localisation. Bluffant. Ils nous montre un endroit ou les animaux viennent manger la terre pour se purger de toutes les substances toxiques qu'ils absorbent et pour la mineralisation.

Solene a toujours autant de succes avec les insectes. Ses cheveux se trouvent deux fois envahis par des abeilles noires, la plus "petite" tarentule de la foret lui monte dessus et il y a toutes sortes de blattes partout autour de son lit. Comme resume bien Jose-Luis en parlant des abeilles : "Elles t'aiment bien". Un gecko a aussi elu domicile dans notre cabane. On appelle Jose-Luis pour lui montrer. "Ce n'est rien" nous dit-il. On s'en doutait bien comme pour la tarentule "moyenne" qui nous regarde au plafond. Mais tres vite son attention est attiree par une autre araignee qui se trouve sur la moustiquaire de la cabane. "La plus toxique qu'on ait ici" nous apprend-il. Il prefere la tuer meme si on est dans un parc national. Il vaut mieux ne pas risquer une piqure... C'est sans doute la presence de Solene qui l'a attiree :-)

Jose-Luis c'est aussi un ours quand il regagne la ville. On doit presque lui courrir apres a la descente de la pirogue pour lui dire au revoir, le remercier et lui donner un pourboire.

En tout cas la selva c'est une experience unique. La sienne. La notre.
par Franck publié dans : Bolivie
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Mercredi 2 janvier 2008

Depart pour Sucre. Dans le bus, on a le droit a une compilation des chansons rock des annees 70-80-90 : les Cranberries, Guns 'n Roses, Police, Led Zeppelin... Ca fait du bien et ca nous change de la musique folklorique et du reggaeton. Un peu etrange quand meme quand les femmes en tenue traditionnelle montent dans le bus en meme temps que Stairway to Heaven...

Sucre, la ville blanche comme on l'appelle pour ses nombreux batiments coloniaux. La capitale historique de la Bolivie aussi apres la liberation du pays par Simon Bolivar et Antonio Jose de Sucre suite a la bataille d'Ayacucho en 1824. Sucre et la Casa de la Libertad ou fut declaree l'independance de la Bolivie le 06 aout 1825.

C'est dans un contexte particulier que l'on decouvre cette jolie ville, plus europeenne et plus universitaire que celles visitees auparavant.
Depuis quelques semaines le pays est agite par des tensions politiques et sociales. Les deputes du parti gouvernemental MAS (Mouvement vers le socialisme), parti du president Evo Morales, ont adopte une nouvelle constitution en l'absence de l'opposition. Alors que les supporteurs d'Evo Morales soutiennent cette reforme constitutionnelle passee a la hussarde, l'opposition denonce une constitution illegitime, une confiscation du pouvoir et revendique l'autonomie de plusieurs regions. 
La Bolivie apparait actuellement coupee en deux avec a l'ouest les trois regions de l'altiplano andin (Potosi, la Paz et Oruro), peuplee de quechas et d'aymaras, favorables a Morales et en face les regions autonomistes de Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando. Ces quatres dernieres regions, les plus riches du pays, representent 67% du PIB. Elles ont d'ores et deja declare leur projet d'autonomie et rejettent le projet de Constitution, jugeant qu'il rogne les pouvoirs des provinces riches et fractionne les regions en petites autonomies communautaires et indigenes. 
Reste encore deux regions qui preparent egalement leur statut autonome : Chuquisaca et Cochabamba.

Sucre, fait partie de la region de Chuquisaca, ou de violentes manifestations contre le projet de Constitution ont fait trois morts fin novembre : deux etudiants et un avocat. 

Le lendemain de notre arrivee a Sucre, on assiste a une marche pacifiste, plutot bon enfant, avec des chants, de la musique, quelques petards... Une marche pour l'autonomie de la province de Chuquisaca, pour que Sucre redevienne la capitale du pays et en hommage aux trois morts de novembre, faits martyrs pour la democratie. 
Les gens crient : "Evo assassin", "Non a la dictature, oui a la democratie", "Non au racisme", "Sucre, capitale", "Autonomie"...

On a de nombreux echanges avec la population de Sucre qui veut nous faire comprendre la situation dans leur pays. Un guide touristique, au chomage technique depuis les incidents de Sucre puisque tous les touristes fuient la ville. Une grand-mere a la manifestation, vraisemblablement, ultra impliquee. Quatre employes autorises a quitter leur travail pour quelques heures le temps de la manifestation...
Tous nous expliquent la meme chose : 
- Ce qui se passe dans leur pays est grave, ils n'ont jamais eu de tels problemes, il s'agit de lutte des races
- Evo Morales, premier president bolivien indigene et ex-syndicaliste, attise les tensions et fait preuve de discrimination voire meme de racisme
- Leur peur de la dictature, des irregularites commises par Morales et du lien Castro - Chavez - Morales
- Leur apprehension aussi face au futur, au moment des referendums prevus en janvier, avec un president qui n'a pas hesite a dire qu'il fera usage de la force si necessaire et qui a fait deployer 50 000 militaires dans tout le pays.

Des manifestations qui menacent la stabilite du pays s'organisent un peu partout dans les 6 provinces (sur 9 au total) qui s'opposent a Morales. 

Interressant de se trouver la a ce moment. On decouvre une autre facette du pays. On essaie de comprendre, meme s'il est difficile de se faire un avis. On n'a pas forcement beaucoup visite Sucre a l'exception de la Casa de la Libertad mais on ne regrette vraiment pas notre passage dans cette ville. 

Les echanges avec les Boliviens ont ete bien plus riches que tout ce qu'on avait pu avoir avant. Les habitants de Sucre sont bien sympathiques. On garde aussi le souvenir d'une petite grand-mere a la pension ou nous logions qui jetait ses patrons de coutures disant que desormais elle n'en aurait plus besoin. Elle etait toute contente de discuter avec nous, de voyager un peu au travers de nos recits de la Bolivie et de nos photos du Salar d'Uyuni qu'elle ne connait pas...

Direction La Paz ensuite. C'est pas la grande forme. Deux jours et demi pendant lesquels je n'ai vu que les murs de la chambre. 39.5 de fievre, fortes crampes a l'estomac, diarrhee, vomissement... Dur, dur. Franck, non plus ne se sent pas tres bien et sera malade pendant une bonne journee. Qu'est-ce qu'on a bien pu manger pour etre dans cet etat la ?

Trois jours apres, on est remis. On flane dans les marches de La Paz ; tout se vend dans la rue. Petite pensee pour la marraine de Franck qui se plairait surement dans ce vide-grenier geant. Avec l'approche des fetes de Noel, l'ambiance est bien agreable. Franck se ridiculise a la fete de Noel lors d'un tir au but plus qu'a cote. On prend une api et une galette au marche en regardant le Noel de Shrek. Une ville plutot sympathique en fait, mais bien trop polluee !

 

par Solene publié dans : Bolivie
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Samedi 22 décembre 2007
Salut tout le monde,

Nous sommes evidemment un petit peu en retard dans le recit du voyage, mais on voulait prendre quelques minutes pour vous souhaiter de bonnes fetes.

De notre cote, on est arrive a Rurrenabaque apres 22 heures de bus et 2 crevaisons. Noel se passera donc au chaud (tres au chaud meme !), puisque nous partons demain pour 3 jours dans la foret amazonienne.

Joyeux Noel !

par Franck et Solene publié dans : Bolivie
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Mardi 18 décembre 2007

Potosi rime forcement avec mines, avant meme qu'on y arrive. On se renseigne sur le deroulement de la "visite". On hesite. On a eu divers echos depuis qu'on voyage. Je decide finalement d'y aller, Solene ne viendra pas. Les risques d'eboulement, les gaz toxiques, la poussiere, le manque d'oxygene et l'obscurite ne la tentent pas trop.

On commence par le marche des mineurs ou ils viennent se fournir en materiel divers et en feuilles de coca. On achete de la dynamite et des boissons pour les mineurs qu'on va aller voir. On goute aussi au quemapecho (brule poitrine), un alcool a 96 degres utilise pour offrande a la terre mere, la Pachamama, le premier vendredi de chaque mois pour attirer sa bonte et le dernier vendredi du mois en remerciement. La ceremonie se fait en presence du Tio ou Diable, represente par une statue. C'est le gardien de la montagne, capable des pires chatiments ou des meilleurs hospices. Comme son nom l'indique, cette boisson reveille bien les bronches.

On visite ensuite une usine de separation des minerais. Les additifs necessaires a cette operation, tel que le cyanure, semblent manipules sans precaution particuliere. Il y a 27 usines de ce type a Potosi.

On entre enfin dans la mine. La temperature augemente de suite pour atteindre les 35 degres. Il y a de la poussiere, des odeurs desagreables, des passages etroits ou il faut progresser accroupi, a quatre pattes. On devra meme ramper une fois pour passer a un niveau inferieur. Ce n'est pas evident de respirer au debut. On s'habitue meme si certains dans le groupe ont plus de mal que d'autres avec l'altitude qui doit depasser les 4100m en plus. De la a y rester 8h par jour pour travailler, c'est une autre histoire...

On va voir les mineurs, comment ils travaillent, on discute un peu avec eux. Les conditions sont tres difficiles forcement. Cela se lit sur leur visage deforme qui plus est par la boule de feuilles de coca qu'ils gardent en permanence dans la bouche autant par tradition peut etre que pour humidifier leur gorge et couper la faim. En fonction de l'accessibilite du filon et de sa production, les mineurs utilisent des moteurs pour remonter les chariots et des perforateurs a air comprime ou realisent encore tout le travail a la main. On entend juste le souffle de leur respiration et le bruit des marteaux...

Malgre tout je n'ai pas ressenti cela comme du voyeurisme. Ils travailleraient de toute facon. Ils sont organises en cooperatives et tavaillent donc pour eux-memes. Ils ont choisi ce travail meme si pour 85% d'entre eux, c'est parce qu'ils ne trouvent rien d'autres. Ils gagnent generalement deux fois plus que le salaire minimum bolivien mais c'est tres variable en fonction de la qualite et de la quantite de minerai extrait. Cela a un prix, leur sante. Les mineurs meurent generalement entre 45 et 55 ans, alors que l'esperance de vie est de 63 ans actuellement en Bolivie. Dure realite...

Je retrouve Solene vers 13h. Sa premiere reaction : "Tu prendrais pas une douche ?" Apparemment j'emane une forte odeur de gaz, de suif, d'on ne sait trop quoi et mon visage est tout noir. Meme apres la douche, l'odeur n'aura pas completement disparu. Tenace. Au bout d'1h30 dans la mine, je m'y etais habitue.

L'apres-midi on visite la Casa de la Monedad batie au 18ieme siecle. C'est la qu'on frappait des monnaies avec l'argent des mines. Au debut avec des machines manuelles ou mues a la force des betes, pour les laminoirs de lingots notamment. 75% des richesses partaient en Espagne sous forme de monnaie, lingots ou minerai. Les 25% restants, demeuraient en Bolivie.
De 1869 a 1909, le travail s'effectue avec des machines a vapeur puis l'electricite fait son apparition. Les installations sont bien conservees, on se rend compte de ce que ca pouvait etre.
Malgre ce passe glorieux, les monnaies boliviennes sont aujourd'hui frappees un peu partout dans le monde, au Canada et au Mexique notamment, et les billets sont imprimes en France.

Une journee bien instructive sur ce qui fait l'ame de Potosi, les mines du Cerro Rico et leur exploitation... a moins que ce ne soit sur le pillage des espagnols en Amerique du Sud. Ca depend comment on voit les choses.

Petite balade ensuite dans Potosi, une ville qui bouge, ou les gens nous sourient, discutent. De ce cote la, ca va mieux. On a bien fait de perseverer.

On rentre a l'hotel mettre une petite laine pour ressortir manger et la, on rencontre un francais, Jeremy. Il est cuisinier et travaille dans les gastros. Il a meme fait un passage chez les freres Pourcel, au Jardin des Sens a Montpellier. Solene, avec son gout legendaire pour la cuisine, n'arrete pas de lui poser des questions... a moins que ce ne soit le contraire. En tout cas c'est decide, au retour j'achete les livres de Ducasse, parfait pour commencer a cuisiner apparemment.
Parler de cuisine fine, de reductions de vinaigre basalmique, d'espumas, d'emulsions, de deglacages c'est bien beau, mais 3h30 apres, il est trop tard pour sortir manger. Ca se termine avec une delicieuse soupe knorr...

Speciale dedicace a Flo : c'est Solene qui a tappe l'histoire des mines en Bolivie. Je n'y suis pour rien. Elle a dit que tu n'etais pas obligee d'y passer ton salaire...


Histoire des mines en Bolivie :

L'idee que le monde a de la Bolivie, il la doit aux coups d'Etat qui ont secoue le pays et plus recemment, a la cocaine. Mais depuis le debut de la colonie, la Bolivie est connue comme pays minier. Les fabuleux filons d'argent du Cerro Rico de Potosi, decouverts par l'indien Diego Huallpa en 1545, ont cree la legende des mines de Bolivie.

Pour exploiter ces richesses, il fallait de la main-d'oeuvre. Chez les incas, la mita etait un systeme de travaux communautaires obligatoires. Veritable institution publique, elle etait utile a toute la collectivite. Les espagnols la transformerent en un regime de travaux forces. Des quatres coins du territoire, des contingents d'Indiens, arraches a leur communaute agricole, furent achemines de force a Potosi pour y travailler dans les mines. 

La ville connut un essor foudroyant. Plus de 50 eglises, des palais, des couvents, des theatres s'y eleverent. En signe de gratitude pour les richesses qu'elle produisait, l'empereur Charles Quint lui accorda le titre de "ville imperiale". En 1573, elle comptait 120 000 habitants. Aussi peuplee que Londres, c'etait la plus grande ville des Ameriques et l'une des plus importantes du monde. L'argent extrait jour et nuit des mines etait fondu en lingots et charge sur des gallions qui l'acheminaient vers la cour d'Espagne. L'or et l'argent provenant de nouveaux territoires stimulerent le developpement economique de l'Europe et meme, peut-on dire, le rendirent possible.

Pendant 3 siecles, la montagne fit don du precieux metal enfoui dans son ventre. Mais en retour, des centaines de milliers d'Indiens y ont trouve la mort.

Vers la fin du XIXe siecle, les exportations d'argent commencerent a diminuer. 

L'augmentation de la production mondiale engendra la baisse des prix du marche. Peu a peu, la production fut abandonnee. L'interet se tourna alors vers l'etain.

L'exploitation massive de l'etain commence pratiquement au debut du XXe siecle. Parallelement, on extrait toutes sortes d'autres minerais : plomb, zinc, antimoine, argent...

Jusqu'en 1952, l'industrie miniere fut dominee par trois grands proprietaires.

En 1952, l'Etat nationalise les mines des trois groupes qui controlaient soixante-dix-huit pour cent de la production d'etain et un pourcentage appreciable d'autres minerais. Le gouvernement fonda la Corporation miniere de Bolivie (Comibol) pour administrer ses gisements. Pour les mineurs, ce fut un simple changement de raison sociale, leurs conditions de travail et de vie ne s'ameliorerent pas.
 

Pendant des decennies, la Comibol a extrait l'essentiel des minerais du pays, et ce fut la principale source de devises pour l'Etat. La Bolivie a ete longtemps le deuxieme exportateur d'etain du monde, derriere la Malaisie. Mais les fluctuations des cours sur le marche mondial, l'incapacite du pays a developper une industrie miniere moderne, l'absence d'une industrie de transformation, l'arrivee sur le circuit economique d'etain provenant d'autres pays ont entraine un lent mais constant recul de la production bolivienne.

En 1985, l'effondrement mondial du prix des minerais eut des effets devastateurs sur l'economie bolivienne. Dans les annees qui suivirent, les mines de la Comibol qui n'etaient plus rentables furent louees ou cedees a des cooperatives minieres. Les autres furent privatisees. Des milliers de mineurs furent licencies. Beaucoup emigrerent vers le Chapare, region subtropicale ou est cultivee la coca.

Aujourd'hui, en Bolivie, la grande majorite des mineurs travaille pour des cooperatives. Ils sont payes au rendement, c'est-a-dire a la quantite de minerais qu'ils vendent a la cooperative. Certains ne trouvent rien pendant des mois et s'endettent aupres de la cooperative qui leur avancera de quoi manger et leur fournira les explosifs et la coca.

Il semble neanmoins que depuis un an le cours des minerais augmente et que l'exploitation des mines boliviennes redemarre.

par Solene et Franck publié dans : Bolivie
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Jeudi 13 décembre 2007

Tupiza, a 2h de la frontiere, le premier contact avec la Bolivie. Pas evident, les gens semblent froids. A l'hotel, dans la rue, dans les commerces. Peu de bonjours, peu de sourires. 

Par hasard, on entre dans une papeterie pour acheter un carnet. 
"Vous etes francais ?" Il s'agit d'un argentin vivant ici depuis 6 ans et marie avec une bolivienne. Son grand-pere polonais est parti pour Paris dans les annees 1880, son pere en Argentine en 1922. Du cote de sa mere, ils viennent tous d'Italie. Un de ses freres vit a Geneve, l'autre en Allemagne. Sa belle-soeur a Calgary.
Il s'en suit une longue conversation a moitie en francais, a moitie en espagnol.
"Je suis content de parler francais. D'habitude, je ne le fais qu'avec mon frere au telephone."
Il nous parle de la Bolivie, de la rivalite qu'il existe entre les indigenes Quechuas, les Aymaras et les blancs. Plus que de rivalite, il emploie meme le mot racisme. Ils n'aiment pas les blancs, nous dit-il, ni les argentins d'ailleurs, nous ne sommes que trois a Tupiza. Tout ce racisme l'attriste. Il finit par : "Les boliviens aiment bien le gringo quand il paye, mais au fond..."
Il enchaine sur Evo Morales qui est loin d'apaiser les tensions, vu qu'il favorise plutot les indigenes et qu'il reproduit la politique d'Hugo Chavez, le pere, lui-meme inspire par le grand-pere Fidel Castro... Eloquent, interessant.
On est interesse par cette discussion, la vie politique et sociale du pays et les tensions engendrees par la nouvelle constitution.

A Tupiza, on aura quand meme droit a des sourires de la part d'un couple qui tient une bicoque, ou on ne verra pas un touriste deux soirs de suite. On y goute la salchipapa pour 0.25€ : un bol avec des frites, des bouts de knackis, des boules de viande et des bananes frites. Le second soir, on aura meme une reduction sur nos boissons.

Direction Uyuni, haut lieu touristique. On prend le tour classique de 3 jours dans le Sud Lipez. Rien a dire sur les paysages, magnifiques et impressionnants. Un desert de sel parfaitement plat de 10000 m2 a 3656 m d'altitude partiellement recouvert d'eau, l'Isla del Pescado et ses cactus geants posee en plein milieu ; les lagunas rouge, verte ou blanche perchees a plus de 4000 m ; des immensites marron, orange, sable ; des sculptures naturelles de pierres dressees au milieu ; des volcans et des geysers... et pour donner vie a tout ca, les flamants roses et les vigognes notamment...
Par contre, du cote humain... A chaque question, le chauffeur-guide expedie la reponse en deux mots. La cuisiniere ouvre a peine la bouche meme quand on l'aide. 
3 jours comme ca, dur la Bolivie !
Heureusement, le groupe est sympa, notamment Alma, l'argentine et Eduardo, le bresilien.

De retour a Uyuni, on se rend compte qu'il y a un prix pour les gringos et un pour les locaux. C'est agacant, on finit par se mefier de tout. 
On se demande si on persevere ou si on file vite sur l'Amazonie. On realise que l'humain est important pour ce voyage. Prendre les paysages ne nous suffit pas, les rencontres font partie integrante de l'aventure. 

On decide quand meme de partir sur Potosi le lendemain. Dans le bus, j'essaie d'engager la conversation avec mon voisin et bonne surprise, ca fonctionne. Il travaille comme mecanicien a Potosi. Il me parle de l'idiome quechua que les jeunes ne veulent plus parler, me demande si c'est aussi le cas en France pour les dialectes. Il m'interroge sur le relief de la France, son climat, la presence des lamas et des autres animaux. La conversation atteint son paroxysme quand il me parle de la religion et que je lui retourne sa question "Et vous, que pensez-vous de Jesus ?" Voila, qu'il me refait tout l'ancien testament pour arriver jusqu'a "Jesus, le sauveur". En fait, il revenait d'un congres de l'Eglise Evangeliste, pres d'Uyuni. C'est pour cela que j'ai une belle bible, me dit-t'il. Avec Solene, on croyait seulement que c'etait pour attirer la bonne etoile pendant le trajet de bus, avec ses routes de terre tortueuses a 4500 m et les traversees de lit de riviere. Ce n'est pas le chemin normal, mais la route est obstruee par un camion renverse, chauffeur un peu emeche apparemment. Enfin, avant de rentrer dans le lit de la riviere, il faut s'arreter pour ajouter des pierres ; la cassure est un peu grande pour le bus. Pas de souci, le systeme D fonctionne bien en Bolivie.

On arrive a Potosi, 4090 m, plus optmistes sur nos chances de decouvrir le pays : les paysages et les gens.


 

 

 

 



par Franck publié dans : Bolivie
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Mercredi 12 décembre 2007

C'est nous !
Pour vous montrer qu'on est en pleine forme, tout bronze...
Sinon, il fait beau en France ? Parce que nous, on a un peu chaud ;-)

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par Solene et Franck publié dans : C'est nous !
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Vendredi 7 décembre 2007

03/12/2007. La Quiaca. 3640m d'altitude. On traverse la frontiere a pied pour rejoindre la Bolivie, occasion de repenser a toutes ces petites choses qui ont fait l'Argentine.

Les rues. Toutes les villes sont organisees en cuadras de 100m et les principaux axes portent souvent le meme nom. San Martin en tete puis viennent souvent Mitre, Roca, Rivadavia, Sarmiento, Lavalle, Belgrano et Yrigoyen. Du coup, on n'a jamais l'impression de changer de ville, ou presque. C'est plus facile pour retenir les noms. De toute facon, les argentins sont toujours la pour nous aider, nous donner un renseignement avec gentillesse des qu'on ouvre un plan dans la rue.
En effet, en Argentine, le touriste est roi. Les argentins nous prennent facilement en stop ; au maximum, trois voitures passent devant nous sans nous prendre. 
Dans les bus, un chauffeur a meme demande une fois aux locaux de nous ceder leur place. On a finalement partage.
Les enfants sont heureux de nous accompagner dans la rue, de discuter un peu et les adolescents nous saluent.
On a l'impression que c'est dans leur culture de tout faire pour le bien-etre du touriste.
En tout cas, ils nous ont semble bien sympathiques, meme si une francaise croisee a Salta et qui essayait de faire sa vie la-bas, nuancait un petit peu. Selon elle, des qu'on n'apporte plus d'argent, ils sont moins sympathiques, font beaucoup de promesses qu'ils ne tiennent pas et ne sont absolument pas ponctuels.

Pour les comprendre, il faut quand meme s'habituer a l'accent argentin. La sonorite "ch" remplace le "ll" un peu partout, avec des nuances quand meme en fonction des regions. Mais quand dans le nord-ouest, meme le "rr" ou les "s" tendent vers "ch", ca devient tres drole...

Une petite faim... mince, il doit etre trop tard pour manger ! Et non. La question serait plutot : "Quand ne peut-on pas manger en Argentine ?" Le repas du soir est plutot vers 22h, mais a toute heure de la journee, on peut trouver sandwichs de lomito, milanesa, empanadas de toute sorte... Pas la peine de vanter le bife de lomo, la viande est toujours trendre mais souvent un peu trop cuite. Dans le nord-ouest, on voit apparaitre les humitas et les talames a base de mais blanc. Pour le dessert, on ne conseille pas le quesillo au miel : un fromage version mozarella seche ni sale ni sucre avec un miel trop ecoeurant. En roue de secours, il y a toujours le dulce de leche a toutes les sauces (croissants, pancakes, gateaux secs, quesillo aussi...). Ah non ? Ca non plus, Solene ? 
Ensuite, il faut prevoir 10 minutes pour quitter le resto. Le temps que le serveur aille chercher de la monnaie dans un magasin a cote. Ils n'ont jamais de monnaie ! Nous, non plus, forcement. Meme pour rendre 1.25 pesos, ils demanderont le compte juste, surtout dans les petites echoppes. 

Ca ne nous empeche surement pas de profiter de la diversite des paysages (montagnes, pampa, forets, lacs, desert, bord de mer et plateau andin), ni de la faune (baleines, elephants et lions de mer, condors, guanacos, nandus, perruches...), ni de la flore. Un regal !

Bien sur, il ne faut pas rechigner sur les heures de bus, le moyen le plus pratique pour se deplacer dans le pays. A la Quiaca, il y a un panneau : Ushuaia 5125 km. Ca donne une idee des distances. De nuit, pas de probleme. Seule la bourse decide entre le semi-cama, le coche-came et l'ejecutivo, ou l'on dort allonge avec un service de bord tip-top. Enfin, nous, on ne peut pas vraiment le decrire. En revanche, ne pas oublier la polaire parce que la climatisation est souvent trop forte.

Pour finir, plus typique encore que le gaucho sur son cheval ou le tango, il y a la veritable institution nationale : le mate. A croire que l'argentin ne quitte jamais sa maison sans un thermos d'eau chaude, sa yerba mate et sa bombilla. Il ne manque pas a l'occasion de nous faire gouter en prevenant "un poco amargo" (un peu amer).

par Solene et Franck publié dans : Argentine
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Mardi 4 décembre 2007
Deux jours de repos a Salta, jolie petite ville de 470 000 habitants, dans le nord-ouest du pays. On a pris un peu plus le temps de flaner dans les rues animees, de se faire tout beau, tout propre, de manger au resto ou on a essaye une specialite locale : la parrilla (arrivee aux tripes et a la langue, j'ai jete l'eponge), de grignoter un morceau sur la place...

Puis, on a loue une voiture a la journee pour faire la Valles Calchaquies jusqu'a Cachi, petit village pittoresque situe a 2210m d'altitude. Jolis paysages traverses, tres varies et une belle surprise : los colorados proposes ni par les agences, ni par les guides et pourtant qui meritent le detour ; sans oublier la longue ligne droite tant appreciee par Franck, la "recta Tin-Tin".

On est ensuite redescendu un peu au sud, a Cafayate pour faire la quebrada de las conchas (ou quebrada de Cafayate). C'est une sorte de canyon qui represente differentes couches sedimentaires formees par le meme mecanisme que celui explique par Franck dans son post precedent et mis a jour apres que la mer se soit retiree il y a 2 millions d'annees.

A Cafayate, soiree bien agreable en compagnie d'un couple d'equatoriens, dont le mari est professeur de salsa et d'un francais qui travaille pour la tele, pour Dechavanne et qui effectue un tour du monde. Echanges sur un peu tout : le cout de la vie au Chili et en Argentine, la geologie dans la region, les Galapagos, les fruits en Equateur, les decouvertes et gouts musicaux de chacun... Et comme nous avions un professeur de salsa avec nous, la soiree s'est terminee sur la terrasse de l'hotel par une heure de cours de salsa. Et en plus, on a gagne une invitation a diner a Quito au mois de fevrier !

Le lendemain, grand beau. On met nos velos dans le bus et on se fait deposer a 50km de Cafayate pour faire la quebrada a notre rythme. L'erosion et l'oxydation des minerais donnent aux paysages des couleurs et des formes assez spectaculaires. 
Il est 14h, il fait tres chaud, on est en plein soleil, il nous reste 30km de route vallonnee a faire et Franck creve... Nous n'avons ni pompe a velo, ni rustine, ni chambre a air de rechange, rien... mais il en faut plus pour arreter Franck. Il enleve la chambre a air et on poursuit notre chemin avec pour Franck, un plus d'energie a depenser pour compenser les "quelques" frottements supplementaires dus a l'absence de chambre a air . Dur, dur, quand meme !!!
Comme une galere n'arrive jamais seule, loi de Murphy oblige, 8km avant Cafayate, un gros orage s'abat sur nous. Cote positif de la chose, il fait moins chaud ! 
On souffre encore 5km et des locaux s'arretent pour charger nos velos et nous-memes a l'arriere de leur vieux pick-up. Grand luxe, ils nous pretent meme un epais cire jaune (peut-etre pas Guy Cotten comme Bastien, le parisien) pour se proteger de la forte pluie, puis de la grele qui s'acharnent sur nous. Les branches des arbres tombent, les rues se remplissent de 25cm d'eau environ... Nos sauveurs nous deposent a l'abri, a 3 "cuadras" de notre auberge. 
Le spectacle de la pluie devalant les rues de Cafayate amuse beaucoup les locaux. La pluie ne tombe que rarement la-bas, alors c'est un moment de fete. 
On reste nous aussi quelques instants contempler l'eau qui coule. Etant bien mouilles, le froid ne tarde pas a nous gagner et nous nous decidons a remonter sur nos velos pour rejoindre l'auberge, mais attention, sans mettre le pied a terre pour ne pas se retrouver les pieds dans l'eau.
Un peu sport pour Franck avec l'eau qui s'engouffre dans le pneu. 
A la fin de la journee, on est extenue !

Pour finir notre sejour en Argentine, nous sommes ensuite remontes plus au nord pour visiter les petits villages au-dessus de Jujuy : Purmamarca et la montagne aux 7 couleurs, las salinas grandes,Tilcara et la forteresse prehispanique Pucara. Une journee un peu differente des quebradas visitees ces derniers temps.

Depart de l'Argentine le 03/12, direction la Bolivie. Depart retarde d'ailleurs pour cause d'effondrements des routes, emportees par des coulees de pierres et de boue, apres les fortes pluies de la soiree.

par Solene publié dans : Argentine
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Mardi 4 décembre 2007
Depuis San Agustin del Valle Fertil, on a visite les parcs de Talampaya et Ischigualasto. On y a vu des paysages particuliers, comme en temoigne la galerie photo, et on a ete interesse par l'interet geologique que constituent ces deux parcs (voir precisions plus loin).

Le lendemain, on s'est fait deposer a 80 km de San Agustin sur la route de la Rioja, a l'arret de "La Torre". Ambiance Bagdad Cafe pour ce boui-boui en bord de route par 35 degres a l'ombre... mais de l'ombre, il n'y en a pas. Ca ne nous empeche pas de faire 3 km a pied pour aller essayer de visiter le parc d'El Chifflon. Apres 1h15 d'attente a la petite cabane d'accueil, on va renoncer. Le garde revient juste de son repas et devant son enthousiasme debordant et le temps qu'il nous reste avant de prendre le bus, on se dit que ca n'en vaut pas la peine. Retour donc a "La Torre" apres une vaine poursuite des perruches de Patagonie pour prendre une photo de pres. On y trouve un autre garde du parc, occupe a regarder un match de football. On parvient quand meme a savoir que les formations geologiques d'El Chifflon sont les memes que celles de Talampaya et Ischigualasto, mais la les 7 couches sont empilees.
De la Rioja, on prend les deux dernieres places pour Salta et une nouvelle nuit de bus. On a la chance de voir deux superbes films argentins. Le premier, avec comme acteur principal l'equivalent national de Jean Lefevre et le deuxieme avec toute l'equipe au complet "des charlots". Ainsi, il n'y a pas qu'en France qu'on a droit a ca. Mais le cinema argentin, c'est aussi "Historias minimas" et "Bonbon El Perro"...

Et maintenant, quelques precisions sur les parcs de Talampaya et Ischigualasto. S'il y a des erreurs manifestes, peut etre que notre specialiste geologie, Bastien, voudra bien corriger.

Il y a en Argentine 34 parcs nationaux dont 9 font partie du patrimoine mondial. Parmi ces 9, les parcs d'Iguazu, des Glaciers dont le Perito Moreno et Talampaya / Ischigualasto font partie du patrimoine mondial naturel.

Les parcs de Talampaya et Ischigualasto constituent le seul endroit au monde ou l'on peut observer des couches de la periode triassique qui a dure 50 millions d'annees environ. Celle-ci fait partie de l'ere mezoique qui a commence il y a envrion 250 millions d'annees et qui se caracterise par le developpement des premiers reptiles dont les dinosaures.

Il y a environ 70 millions d'annees, lorsque les Andes se sont formees par la collision de plaques tectoniques, a 300 km de la, sur le site actuel de Talampaya et Ischigualasto, les roches sedimentaires de la periode triassique sont remontees a la surface par une faille de l'ecorce terrestre. Ces roches sedimentaires se composent de 7 couches distinctes dues aux changements climatiques en ces lieux durant la periode triassique.

Talampaya
Les deux couches les plus anciennes, 1 et 2, sont visibles a Talampaya. Un cours d'eau a forme un canyon aux superbes tons de rouge, de 150 a 180m de haut. Ce parc est aussi connu pour ses petroglyphes que les hommes ont commence a graver dans la pierre il y a 2500 ans et jusqu'au siecle dernier. Ils representent des scenes de la vie quotidienne comme l'elevage des lamas et des guanacos et aussi de la vie mystique de ces temps anciens.
On a pu aussi y observer la faune locale : condors, maras (lievre de Patagonie), nandus, guanacos, jotes ou vautours, loros barranqueros ou perruches de Patagonie de couleur jaune et bleue. La flore est egalement presente bien qu'il ne pleuve pas plus de 100mm par an. Les arbustes et les cactus sont nombreux. L'algarrobo est le seul veritable arbre qui arrive a se developper dans cet environnement. Les specimens de Talampaya ont entre 250 et 300 ans. On a pu aussi remarquer le Brea, un arbuste dont les feuilles sont trop petites pour realiser la photosynthese. Le bois des branches se pare donc d'une couleur verte pour participer a la tache.

Ischigualasto
Les 5 couches superieures (3,4,5,6,7), plus recentes, ont glisse les unes sur les autres comme des biscuits pour se retrouver juxtaposees a 70 kms de la environ a Ischigualasto.
On y visite les 3 couches les plus recentes (5,6,7), les deux autres etant moins interessantes, d'un point de vue touristique certainement, sur un parcours de 40km environ. Le parc d'Ischigualasto est aussi appele "Valle de la Luna" pour ses paysages caracteristiques.

La couche 5 presente des fossiles de feuille (photo) et du carbone notamment, temoins d'un paysage de savane avec vegetation et points d'eau.

La couche 6 est composee d'argile impermeable principalement. Elle presente beaucoup de couleurs egalement dues a la presence de souffre, de fer, de cuivre et les formes particulieres sculptees par le vent et l'eau au fil des siecles comme le "sous-marin" et le "champignon".
C'est dans cette couche qu'a ete trouve le plus vieux fossile de dinosaure, de 90cm environ, qui vivait il y a 230 millions d'annees. Ce secteur est toujours l'objet de fouilles et de decouvertes importantes ces 30 dernieres annees. Les scientifiques operent des prelevements une fois par an dans des gisements connus et mis a nu par le vent. Il est en effet impossible de creuser. Les fossiles, trop fragiles, se briseraient automatiquement. Ils obtiennent ainsi suffisamment de materiaux a etudier le reste de l'annee.

La couche 7, la plus recente, est rouge en raison des oxydes de fer et d'un climat plus sec.

Ces precisions sont peut etre un peu longues mais on a trouve vraiment interessant et assez unique de contempler les entrailles de la Terre qui se sont formees il y a 250 millions d'annees. On est peu de chose...
par Franck publié dans : Argentine
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